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Quotidien d'information indépendant - n° 6331 - Samedi 15 Décembre 2018

Les agences de voyages mettent la clé sous la paillasson

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La guerre du Mali vient de donner le coup de grâce au tourisme saharien, jadis prospère, et pour cause, les agences de voyage sont carrément sinistrées. Toutefois, la crise a débuté bien avant la guerre du Mali.

Déjà, en juillet 2009, Sarkozy avait déclaré le Hoggar zone rouge et a interdit aux agences françaises de s’y rendre. Mais cela n’a pas empêché les agences algériennes de travailler. Pour Bey Benmalek, vice-président de l’Association des agences de voyage de Tamanrasset, il y a une absence criante de politique de tourisme en Algérie. Il nous dira : «Le tourisme n’a jamais été une priorité dans le panel de l’économie nationale.» Il citera, d’ailleurs, la 29e place qu’occupe le ministère du tourisme et de l’artisanat dans le budget de fonctionnement. Mais avant d’en arriver là, il serait utile de tracer un historique du tourisme au Hoggar. Il a atteint son apogée vers la fin des années 80. Vint ensuite la décennie noire des années 90 qui mit fin totalement au tourisme saharien jusqu’à 2000. Cette année- là, c’est à l’initiative des agences de voyage et de l’association que la relance a été possible avec des partenariats avec des agences étrangères. Mais cela ne durera pas longtemps puisqu’en 2003, il y a eu l’enlèvement des 32 touristes allemands. Ces trois touristes allemands étaient répartis en six groupes sans attache. C’étaient des individuels. Depuis, les agences de voyage étaient obligées de déclarer les personnes et étaient soumises ainsi aux tracasseries administratives. En février 2010, la wilaya de Tamanrasset décide, sans préavis, de fermer les sites touristiques à l’exception de l’Assekrem et de l’Ahnet. Bien entendu, c’est la situation sécuritaire qui a été invoquée. Comme cette décision était verbale, l’Association des agences de voyage a demandé un écrit. Ce n’est qu’après cette réclamation qu’il fut rédigé en stipulant : «Vous n’êtes autorisés à aller qu’à l’Assekrem et à l’Ahnet.» Donc, on voit bien que ce n’est pas la guerre du Mali qui est à l’origine de cette crise. Actuellement, les agences de voyage sont sinistrées. C’est bien le terme. Exception faite aux prestations des administrations locales. Il est vrai que les touristes nationaux sont venus à un moment donné mais cela n’a pas marché car le produit saharien n’est pas forcément adapté à la demande algérienne. En plus, le billet d’avion coûte les yeux de la tête et, enfin, cela ne dure pas toute l’année mais juste quelques périodes. De toute façon, cela ne peut être une alternative au tourisme international. Notre interlocuteur, Bey Benmalek, nous dira : «Quand on parle de crise, on parle de ce que l’on avait et de ce que l’on a plus. Certes, il y a la situation sécuritaire, mais il y a aussi l’absence de politique du tourisme», avant de se défendre contre l’accusation relative à la volonté de ne travailler qu’avec les étrangers. «Nous ne nous opposons pas au tourisme national, ce n’est pas vrai. Nous n’avons fermé les portes à personne.» Il nous citera aussi la loi qui stipule qu’une agence de voyage qui n’active pas, au bout de six mois se verra retirer son agrément. Cette loi ne prend pas en charge les spécificités du tourisme saharien. En effet, la saison touristique à Tamanrasset dure justement six mois, plus exactement d’octobre à avril. C’est uniquement durant cette période que les agences de voyage travaillent, et ce, à cause du climat. Bey Benmalek ajoutera : «Nous avons toujours insisté pour que l’on soit consultés pour exposer nos problèmes, faire connaître le tourisme saharien, participer à l’élaboration des lois et, pourquoi pas, avoir un représentant du tourisme saharien au niveau du ministère.» Enfin, en janvier 2012, les agences de voyage et tous ceux qui ont un rapport avec le tourisme saharien ont fait une motion de sinistre à la tutelle et à toutes les instances compétentes, mais, à ce jour, aucune réponse n’a été donnée. Inutile de rajouter que le sinistre des agences de voyage s’est répercuté sur l’artisanat, les chameliers, tous ceux qui ont des revenus modestes et tous ceux qui vivent indirectement de tourisme. A titre d’exemple, même les boulangers-pâtissiers ressentent l’absence de touristes, et ce n’est pas tout. La sonnette d’alarme est tirée.

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