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Quotidien d'information indépendant - n° 5961 - Mardi 26 Septembre 2017

Discours confus

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Contrairement à leur discours, les autres Etats du Moyen-Orient membres de la coalition (Turquie, Jordanie, Arabie saoudite, Qatar) ne luttent que mollement contre Daesh. Pis, presque tous entretiennent le phénomène en le soutenant directement ou indirectement. -La Turquie, avec le régime de plus en plus personnel et autoritaire du président Erdogan, membre des Frères musulmans, appuie les djihadistes en Syrie pour asseoir son influence régionale, mais aussi parce qu’il partage leur désir d’instauration d’un califat.

Rappelons que cet Etat est membre de l’Otan et candidat à l’entrée dans l’Union européenne. Précisons également que les récentes frappes de l’armée de l’air turque contre Daesh, en réaction à un attentat de l’Etat islamique, ne changent en rien la position d’Ankara et de son Président. Elles servent même à occulter, aux yeux de l’opinion internationale, les opérations similaires lancées contre les Kurdes. - Le Qatar et l’Arabie saoudite, soutiens idéologiques et financiers du salafisme et des Frères musulmans, laissent certains de leurs ressortissants fortunés appuyer Daesh.
Ces régimes arabes alliés de l’Occident sont les plus inégalitaires au monde. Ce sont des monarchies extrémistes, hypocrites et esclavagistes, bafouant les libertés politiques et religieuses, les droits de la femme et des étrangers, le droit au travail et soutenant massivement l’intégrisme religieux conduisant au djihad partout dans le monde avec l’espoir illusoire que les créatures qu’elles ont enfantées ne se retournent pas un jour contre elles.

Ainsi, le soutien à Daesh se poursuit via de nombreux canaux en provenance du monde arabe. Les frontières de «l’Etat islamique» ne sont volontairement pas contrôlées, de nouveaux combattants peuvent ainsi y entrer, du ravitaillement peut y parvenir et de nombreux trafics de toutes natures se développer. Daesh est donc loin d’être asphyxié grâce à la bienveillance de ces Etats. Plus étonnant, de récents sondages montrent que la population de plusieurs pays arabes est favorable à une victoire et une extension de l’Etat islamique.
Mais surtout, il est étonnant que seul un nombre extrêmement réduit d’observateurs ait mis en lumière le double jeu de l’Arabie saoudite, révélé à l’occasion de son action armée illégale au Yémen. En effet, Riyad a engagé 150 000 hommes et réuni autour d’elle une coalition afin de lutter contre les Houthis, lesquels ne représentent en rien une menace pour la sécurité du Moyen-Orient ni pour la paix mondiale. Ils se battent, non pour imposer au monde une vision violente, obscurantiste et sectaire de l’islam, mais pour retrouver une autonomie et une considération vis-à-vis du gouvernement d’Aden qui leur a été retiré en 1962.

Pourquoi les Saoudiens ont-ils déployé une telle armée, mobilisé leur garde nationale et battu le rappel de leurs alliés arabes, asiatiques et occidentaux pour lancer une offensive contre les tribus d’un pays voisin, alors que Riyad ne fait absolument rien contre l’Etat islamique ? Sans doute faut-il rappeler que les Houthis sont des zaydites, une secte de l’islam proche du rameau chiite. S’ils ont bien reçu un soutien de l’Iran et de ses services, il ne semble pas qu’ils aient représenté le moindre danger stratégique ni manifester la moindre velléité d’expansion territoriale au détriment de leur voisin du nord ou de menacer les voies de circulation maritimes.
Malgré l’importance des moyens engagés, l’armée saoudienne n’a connu aucun succès à l’occasion de cette opération. Au passage, notons que personne n’a dénoncé les importants dommages collatéraux que l’armée de l’air saoudienne a provoqué au Yémen — en dépit des renseignements précis transmis par ses alliés américains—, pas plus que la presse internationale et les Etats occidentaux.

Cela laisse songeur si l’on compare avec la manière dont les médias traitent des événements en Syrie, en Israël et à Ghaza. Ainsi, l’Arabie saoudite, dans sa peur de l’Iran, est en train de saboter la tentative d’accord 5+1 et fait tout pour multiplier les conflits locaux dans lesquels des forces iraniennes sont engagées afin de faire de chacun de ces théâtres un bourbier dans lesquels Téhéran sera de plus en plus engagé et s’enlise. Dans cette perspective, Daesh et Jabat Al-Nosrah sont les alliés objectifs et officiels de Riyad, dont les intérêts sont aujourd’hui de plus en plus aux antipodes de ceux des Occidentaux.

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