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Quotidien d'information indépendant - n° 5979 - Mercredi 18 Octobre 2017

Le Britannique Kazuo Ishiguro lauréat

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Après avoir fait gagner l’année dernière pour la première fois un chanteur avec Bob Dylan, la plus haute distinction de la littérature revient cette année de nouveau à un écrivain.

Kazuo Ishiguro, Britannique d’origine japonaise, a remporté ce jeudi 5 octobre le prix Nobel de littérature 2017 pour son œuvre « d’une grande force émotionnelle, l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde », a déclaré l’Académie suédoise. Les premiers mots du lauréat ? « C'est un honneur magnifique. » Et c’est l’histoire d’un retour annoncé et jamais réalisé. Kazuo Ishiguro, né en 1954 à Nagasaki, a 5 ans quand ses parents partent avec lui de sa ville natale pour que son père puisse honorer un poste d'océanographe en Angleterre.
Prévu à l’origine comme un épisode transitoire de la vie, le Royaume-Uni sera sa nouvelle patrie, mais la sensibilité de sa langue et son empathie pour sa culture d’origine seront pour toujours ancrées dans son expression littéraire. À l’image de Quand nous étions orphelins (2000), où son héros s’efforce de quitter son enfance pour retrouver ses parents disparus dans un monde qui va de plus en plus mal.

Du Booker Prize au prix Nobel de littérature
Diplômé en littérature, après avoir rêvé d'une carrière de guitariste-chanteur, Kazuo Ishiguro a fait sa première grande apparition sur la scène littéraire en 1986 avec le prix Whitbread Book pour son deuxième roman, Un artiste du monde flottant, où il évoque le nationalisme menaçant. Il enchaîne avec le prestigieux Booker Prize dont il était quatre fois finaliste et une fois l’heureux lauréat. C’était en 1989, avec Les Vestiges du jour où il revient en filigrane sur ses origines et le principe d’une loyauté sans faille envers son maître. Un roman brillamment adapté au cinéma en 1993 par le réalisateur James Ivory.
Son roman Auprès de moi toujours, publié en 2005 et vendu à près d'un million d'exemplaires, sera également porté au grand écran, par le réalisateur Mark Romanek, avec Charlotte Rampling et Carey Mulligan à l'affiche. Signe extérieur de la richesse artistique de son écriture, Kazuo Ishiguro a aussi souvent touché à la musique. D'abord littéralement, dans sa jeunesse quand il composait des chansons avec sa guitare. Et puis dans ses livres, peuplés de musiciens et de morceaux de musique. En 2007, il a même signé les paroles de quatre chansons de l’album Breakfast on The Morning Tram de la chanteuse de jazz américaine Stacey Kent.
Avec «Le Géant enfoui», son œuvre la plus récente dans le champ littéraire, publié en 2015, il raconte sous forme d’allégorie l’histoire d’un curieux voyage d’un vieux couple à la recherche de leur fils pour creuser l’univers de la mémoire et de l’oubli, de la vengeance et de la justice.

Le 29e prix Nobel de littérature écrivant en langue anglaise
« Si on mêle Jane Austen et Kafka, on obtient Kazuo Ishiguro » a commenté la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius. Écrivain britannique d’origine japonaise, Ishiguro s’intègre parfaitement dans la majorité de la longue liste des prix Nobel. À bientôt 63 ans, il se situe près de la moyenne de 65 ans des lauréats. Jusqu’ici, c’est Rudyard Kipling, couronné en 1907, à l’âge de 41 ans, le plus jeune lauréat et Doris Lessing, honorée en 2007, à 88 ans, tient le rôle de la doyenne.
Ishiguro ne fait pas non plus partie ni de la minorité de femmes (14 lauréates), ni des huit écrivains ayant dû partager leur prix avec un autre confrère (le dernier prix partagé avait lieu en 1974 avec Eyvind Johnson et Harry Martinson). Et comme les deux tiers des heureux élus jusqu’ici, il s’exprime en prose et, à l’instar de 29 autres prix Nobel de littérature, en langue anglaise. On est donc loin de la promesse faite en 1987 par l’Académie suédoise de porter dorénavant plus d’attention aux écrivains non européens pour attendre le but d’une « distribution globale ».

Langues oubliées du Nobel
En désignant Kazuo Ishiguro lauréat 2017, les jurés Nobel ont voulu faire passer plusieurs messages. En premier lieu, ils ont choisi de distinguer un auteur au style précis, capable de susciter des émotions fortes : un mélange de Jane Austen et de Kafka, selon le communiqué. Ensuite, ils ont honoré un écrivain natif de Nagasaki (1954), la ville la plus ouverte du Japon, qui est arrivé très jeune en Grande-Bretagne avant d’en devenir citoyen. A l’heure du Brexit et du rejet des migrants, le signal est clair : l’Europe doit continuer à accueillir les étrangers, certains hébergeront des anges.
On peut y lire aussi, en filigrane, une critique du Japon contemporain, pays où les gaijins, les étrangers, restent marginaux, confinés à leurs activités économiques. Imagine-t-on un prix Nobel de littérature nippon se nommant Johnson ? Placé en seconde position par les bookmakers, Haruki Murakami échoue une fois de fois de plus à décrocher les lauriers. Un auteur japonais amateur de whisky, de jazz et de marathon, qui verse trop souvent dans l’onirisme, ne cadre visiblement pas avec le testament idéaliste d’Alfred Nobel.

Message supplémentaire : pas plus que la musique avec Bob Dylan en 2016, l’écriture cinématographique n’est un frein à la consécration. Ishiguro a participé au scénario de plusieurs films tirés de ses romans. Le plus connu, Vestiges du jour, lui a d’abord valu le Booker Prize en 1989, suivi d’une consécration à Hollywood, avec une brassée de nominations aux Oscars. Citons aussi La comtesse blanche, The Saddest Music in the World Never, Let me go. Constatons que le prix Nobel 2017 honore une fois de plus un auteur de langue anglaise.
La langue de l’empire n’a pas besoin d’une Organisation de l’anglophonie pour se répandre dans le monde. Le jury Nobel a bien pris soin de varier l’origine des lauréats anglophones : Nigeria (Soyinka), Sainte-Lucie (Walcott), Afrique du Sud (Gordimer et Coetzee), Trinité-et-Tobago (Naipaul), Irlande (Heaney) avec quelques Britanniques au profil savamment mixte (Pinter, Lessing, Ishiguro), sans oublier Dylan l’Américain.
L’échec du Kényan Ngugi wa Thiong’o qui, du fond de sa prison, était revenu au kikuyu de son enfance, traduit le dernier message du jury : mesdames et messieurs les écrivains d’Afrique et d’Asie, vous qui hésitez à écrire dans votre langue maternelle, ne tournez plus votre plume dans votre encrier paroissial. Ravalez toute fierté linguistique, toute considération néo-coloniale, choisissez hardiment une langue mondiale si vous voulez toucher un auditoire international.

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