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Quotidien d'information indépendant - n° 6414 - Dimanche 24 Mars 2019

L’épure comme démarche artistique

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«Je pars, je pars et tout mon peuple sur mon dos comme un arbre qui repart à ses racines…» Mohamed Sehaba, poète

«Memo’Art» d’Arezki Larbi est le titre accompagnant un portfolio d’une haute qualité esthétique représentant, page par page, une série de personnages sur un travail de mosaïque photographique intitulé «face-profil». Les personnages, vivants pour certains, partis pour d’autres ont d’une manière ou d’une autre, été acteurs de la scène algérienne. Émouvante évocation que l’artiste -peintre a présentée en édition limitée numérotée et signée. Le tout constitue une monstration qui se complète sur quelques cinquante travaux faits de peinture, d’encres, de craies d’art, de fusain et de plume. Dans son exposition inaugurée le 17 novembre à la Galerie de l’Espaco, certaines de ses œuvres semblent se rapprocher de quelques initiatives lithographiques, ou gravées, juste un effet en fait, le plasticien adorant travailler de sa main, produire du sens et se délecter de cette approche très physique, très intime avec son œuvre.
L’émulation est là, elle se propose à nos regards comme une démarche aux allants humanistes, avec un regard affectueux à Djamel Allam, Ouahab Mokrani, Salah Hioun, partis cette année vers un monde meilleur. Arezki Larbi porte un regard tendre sur les choses, il nous propose une installation in-vivo, volée au réel du lieu d’origine pour se choisir un coin d’imaginaire par l’entremise d’une évocation de son atelier originel qui prend place jusqu’au 1er décembre dans cette galerie magnifique. Pour nous guider dans les sentiers escarpés d’une longue inspiration qu’il nous montre dans sa série de travaux entre peintures et dessin, il partagera avec nous ces mots : «De prime abord il s’agit de mémoire, cet œil dans la tête qui s’est nourri d’heures de règne et d’autres d’altérité, qui se souvient, qui revoit et qui remonte à loin.
Mais c’est un chemin du cœur, mélancolique parfois, éclairé par des envolées de poésies involontaires et, comme souvent dans la solitude, la candeur n’ayant pas de but, elle trébuche sur des souvenirs. La mémoire n’est pas un film qui se déroule en séquences organisées, c’est des replis dans l’ombre, des entassements d’oublis et d’écritures vaines. Des silences que d’autres écrivent à notre place. D’autres que nous pour tatouer nos brouillards dans une étoffe détramée faite de lieux vagues.
Des centaines de photographies, prises de face et de profil, de personnes côtoyées dans la vie ou dans le travail ne sont pas que des clichés figés mais des vies des moments bleus. Des pans de vies qu’il m’est donné de manipuler ludiquement pour déramer les empilements et redessiner autrement ceux qui me peuplent et me portent. C’est un héritage en ma possession, des visages - seul sujet - qu’il me faut sans cesse fructifier et convertir en éclats de voix et en sourires. Redonner du mouvement aux choses combinées, agglomérées ou cachées. Il y a dans la mémoire, des vies silencieuses, des existences recluses, et des espaces à dépoussiérer et… d’autres écritures solitaires restées sans lecture alors que des rencontres et des étonnements sont encore possibles. Il est assez curieux de constater en faisant ce travail, que la vie de mes amis c’est un peu ma vie. Le sel de ma vie.

Que Mathilde revienne et annonce la danse.» A. Larbi
L’Espaco, est cette galerie immense qui a vu le jour au sein de la résidence CMB dans l’aire excentrée de Oued Terfa. Une fois sur place, une surprenante apparition, quasi fantomatique, toujours en mouvement apparait sous des cheveux gris en catogan et des lunettes de vue qui continuent à lui donner un air magistral. Outre le fait qu’il soit dans la séquence d’histoire de l’art actuelle un des plus grands artistes algériens vivants, Arezki Larbi est aussi l’un des artistes les plus discrets de la sphère de cristal de l’art algérien. L’exposition est aussi un acte collectif, une dame qui offre l’espace, Madame Sadat Cherifi, une fille qui fait la communication, la designer Souad Delmi Bouras, un homme qui fait le montage de l’exposition l’ancien galeriste de l’espace Haminoumna, Abderahmane Bendaoud, et un éditeur imprimeur artiste photographe, Rafik Zaïdi.
De fait, il a marqué les années 1970, 1980 et même 2000 par une présence régulière de par le nombre d’évènements, d’idées, d’attitudes conceptuelles qui bouillonnent dans sons esprit turbulent. Il a longuement été présent un peu partout ou quelque chose était en gestation, culture, politique, actions culturelles, expositions, avec ce dénominateur commun, artistique en premier lieu qu’il a toujours été là pour le autres. Mettant son talent ici et là pour incarner la force tranquille d’un talent sans cesse fureteur, avide de nouvelles matières, d’expressions nouvelles, de sensations tout azimut. Pour cette fois, le plasticien laisse souvent la couleur en deuxième roue de la charrette, son contact est direct avec la matière, seule la main, sait…
Entre des noirs qui ne sont point obscurs, des blancs pas aussi virginaux que cela, et des couleurs qui ne veulent plus rien dire, mais qui posent encore de nombreuses questions, Arezki Larbi se laisse aller à des voyages dans les profondeurs humaines. «Alter Ego», l’autre moi, la ressemblance avec les autres, la correspondance, tu me ressembles, je te ressemble, finalement, même les assassins ont une âme, est-ce pour cela que les criminels doivent nous faire oublier notre propre humanité !? Non est la réponse assurée de Larbi. Il continue ses introspections sur quelques 50 pistes dessinées, peintes, entreprises dans un art subtil quasiment minimaliste, son travail, souvent très graphique laisse une impression de graphies qui semblent timides, elles traduisent en fait d’une profonde réflexion philosophique sur la vie, son départ et ses arrivées.
Ses travaux, souvent été faits de questionnements sur la matière, organique, minérale, les encres, le papier, plié, froissé, coupé ou simplement fixé dans l’éternité, sont ses principaux viatiques. Il perpétue son chemin en poursuivant sans cesse des pistes graphiques, peintes, grattées ou «écrites» dans la subtilité la plus complète d’un noir qui est ici usité dans ses valeurs charbonneuses esthétiques non pas dans l’obscurité d’un noir fait de ténèbres.

Exposition «Alter Ego», peintures, dessins, encres Arezki Larbi, Galerie de l’Espaco, du 17 novembre au 1er décembre, Résidence CMB, 196, Oued Terfa, entrée libre renseignements au 023 24 39 27 et www.espacodz.com

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