Le Dr Boutadjine, sur la «Traduction du théâtre de Kateb Yacine et l’intertextualité»

Forum du Théâtre national algérien

k «Les rencontres des soirées théâtrales», un concept virtuel récemment adopté par le Forum du Théâtre national algérien (TNA) accueille sur la toile le docteur Said Boutadjine qui s’exprime sur le thème de la «Traduction du théâtre de Kateb Yacine et les questions de l’intertextualité».Le théâtre de Kateb Yacine croise plusieurs sources, historiques, autobiographiques, sacrées, populaires, mythiques et poétiques. Cette riche complexité porte son théâtre vers le registre tragique qui va s’intéresser essentiellement aux traditions et aux légendes des tribus de sa terre d’origine, la tribu du Nadhor (est de l’Algérie) notamment.
Le théâtre katébien fait vivre la mémoire des ancêtres et réanime la figure de Nedjma, qui suscite chez les personnages des passions incontrôlées et les met en danger, à l’image de Mustapha dans la pièce «Le Cadavre encerclé». Après avoir accueilli successivement depuis le mois d’août, Amin Zaoui, Salim Dada et Nadjib Stambouli, le Forum du Théâtre national algérien ouvre son espace au romancier, critique et traducteur Said Boutadjine qui a su, plus d’une fois, pénétrer l’univers fragmenté de la pensée katébienne pour avoir traduit plusieurs de ses œuvres théâtrales.
S’appuyant sur les traductions qu’il a entrepris sur les textes de, «Palestine trahie» et «Mohamed prends ta valise», Said Boutadjine rend compte d’entrée de la complexité de traduire certains textes dits «absents», littéraire ou de chansons patriotiques françaises, que Kateb Yacine suggère au récepteur car appartenant aux acquis culturels généraux dont il doit jouir. Lors de mon travail de traduction sur ces deux textes, je me suis souvent heurté à la difficulté d’intégrer dans l’écrit originel de la trame, les références littéraires et les chants patriotiques et populaires auxquels l’auteur de «Nedjma» fait implicitement appel ou introduit carrément dans son texte de base, sans pour autant les mettre entre guillemets ou parenthèses, ou encore, préciser avec des annotations leurs situations dramatiques, pour mieux les repérer et faciliter leur rapport sémantique à la réalité du spectacle.
Un tel constat m’a conduit, poursuit Said Boutadjine, à m’«investir dans des recherches et des enquêtes approfondies», souvent auprès des gens, notamment lorsqu’il s’est agi de chansons non enregistrées ou d’une pensée socio-culturelle, devenue référence, mais restée «cloîtrée» dans le terroir d’une région donnée.
Dans le théâtre katébien, l’intertextualité interne s’ajoute à celle externe, car, explique le conférencier, on retrouve dans la dramaturgie de Kateb Yacine, des textes ittéraires qu’il a écrits dans d’autres œuvres et qu’il utilise dans son théâtre, dès lors que les corpus traitent des mêmes thématiques, à l’exemple de l’interlocution de texte à texte constatée dans «Le cadavre encerclé» et «Nedjma».
D’autres textes encore dans le théâtre katébien, restent fermés et inaccessibles, car écrits de manière «dadaïque et surréaliste», une contrainte intellectuelle qui ne pose pas forcement de problèmes au traducteur, mais qui constitue une «véritable difficulté» au metteur en scène dans l’écriture conceptuelle et scénique du spectacle, car il risque de travestir la sémantique du texte d’origine.
Said Boutadjine a conclu son intervention en évoquant une autre source de difficulté pour les traducteurs et metteurs en scène dans le théâtre de Kateb Yacine, celle relative à la fragmentation des textes poétiques qui constituent les contenus des chansons et leur intégration dans les dialogues.
Né en 1958 à Texana (Jijel), le docteur Said Boutadjine est également romancier, critique et traducteur comptant à son actif une série d’ouvrages littéraires et techniques dont «Ce qui m’est arrivé demain», «Que la malédiction soit sur vous tous», «Texana», ou encore «Traduction et terminologie».
Enseignant universitaire et chercheur, il a traduit vers l’arabe diverses œuvres de Christiane Chaulet-Achour (Des nouvelles d’Algérie) de Malika Mekeddem (Je dois tout à ton oubli) ou encore de François Truffaut (Les films de ma vie), jusqu’au Prix Nobel, Jean-Marie Gustave Le Clézio (L’étoile errante).
Said Boutadjine est également l’auteur d’une quinzaine de traductions dont celles consacrées aux œuvres de Kateb Yacine, «Le spectre du parc Monceau», «Le roi de l’ouest», «Palestine trahie» et «Mohamed prends ta valise».
R. C.