Quelles perspectives pour intensifier la coopération entre l’Europe et l’Algérie, lors de la visite de la Commissaire européenne à l’énergie ?

Face aux tensions énergétiques

La 4e réunion annuelle de haut niveau du dialogue énergétique entre l’Algérie et l’Union européenne, co-présidée par le ministre de l’Energie et des Mines algérien, et la commissaire européenne à l’énergie, se tiendra le 10 octobre à Alger. Selon le communiqué conjoint « cette 4e réunion s’inscrit dans le cadre des mécanismes de dialogue instaurés par le partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Algérie dans le domaine de l’énergie». Ce partenariat couvre l’ensemble des sujets d’intérêt commun, à savoir le développement des investissements dans l’exploration et la production des hydrocarbures, les perspectives du développement de l’industrie gazière, le développement de l’hydrogène, de l’électricité ainsi que la coopération dans le domaine des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique en Algérie.

Selon certains experts de l’Union européenne, une diminution, voire un arrêt total, des livraisons de gaz russe serait fort dommageable pour de nombreux pays européens, les alternatives existant mais étant coûteuses, avec un pic inflationniste dû à l’envolée des prix des produits énergétiques mais également de bon nombre de produits alimentaires dont la Russie et l’Ukraine sont de gros exportateurs. Mais une telle situation provoquerait aussi des retombées très négatives pour la Russie, car ses exportations gazières vers l’Europe représentent à elles seules 15 % à 20 % du PIB russe. Et le plus grand gagnant dans ce conflit restent les Etats Unis d’Amérique qui sont autosuffisants en énergie avec des délocalisations vers les USA du fait du bas prix d’énergie.

3 – La future stratégie européenne pour diminuer fortement sa dépendance au gaz russe, sera d’accélérer la transition énergétique et dans ce cadre l’Algérie possède d’importantes potentialités pour approvisionner à travers les réseaux, mais supposant d’importants investissements. Faute d’anticipations, le risque est d’assister à des pénuries, à de grandes crises à venir, liées au réchauffement climatique et à la surconsommation des énergies fossiles. Aussi, le seul objectif pour le monde est d’accélérer la transition énergétique, le passage à une économie décarbonée devenant donc un véritable enjeu géopolitique où le gaz est perçu comme une « énergie de transition » indispensable, dans le cadre d’un mix énergétique On relèvera aussi que si l’humanité est passée du charbon aux hydrocarbures, ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas de charbon dont les réserves mondiales – elles dépassent les 200 ans, contre 40-50 ans pour le pétrole/gaz traditionnel – mais parce que grâce à la révolution technologique, sa rentabilité économique était devenue meilleure. Aussi s’agit-il de cerner le concept de transition énergétique, et cela implique de bien répondre à quatre questions essentielles.
Premièrement, si l’humanité généralisait le mode de consommation énergétique des pays riches, il nous faudrait les ressources de 4 ou 5 planètes, d’où l’urgence d’une adaptation pour un nouveau modèle de consommation.
Deuxièmement, la transition énergétique renvoie à des sujets autres que purement techniques, posant la problématique sociétale, autant que celle de la fiscalité énergétique influant sur le choix des allocations des ressources.
La transition énergétique suppose un consensus social, l’acceptabilité par les citoyens de la hausse à court terme du coût de l’énergie, mais profitable aux générations futures ; elle suppose des mécanismes d’accompagnement, car la question fondamentale est la suivante : cette transition énergétique, combien coûte-t-elle, combien rapporte-t-elle et qui en seront les bénéficiaires ? La transition énergétique est un processus long éminemment politique qui devrait être traitée loin de toute polémique politicienne, impliquant un nouveau modèle de consommation évolutif : par exemple, le téléphone portable, qui concerne des milliards d’individus dans le monde, suppose une recharge par l’électricité. D’autres besoins nouveaux pourront apparaître au fil des décennies, l’objectif stratégique étant d’éviter la précarité énergétique de la majorité des populations.
Troisièmement, la transition énergétique doit être fondée sur deux principes : la sobriété énergétique (efficacité énergétique), impliquant la maîtrise de la demande, la sensibilisation ; la formation pour forger de nouveaux comportements et donc un changement de culture. C’est dire qu’il faut de nouveaux réseaux, un nouveau système de financement par de nouvelles politiques publiques, agir sur la réduction des besoins énergétiques en amont en augmentant l’efficacité des équipements et de leurs usages (par exemple nouveaux procédés pour le BTPH, et moins de transport pour faire des économies d’énergie. Quatrièmement, le mix énergétique nécessitera d’adapter le réseau électrique, aux nouvelles productions et besoins de consommations afin de garantir la continuité de la fourniture et au meilleur prix.

4.- Sous réserve de sept conditions, l’Algérie horizon 2025/2027, pourrait doubler les capacités d’exportations avec une part entre 20/25% de l’approvisionnement de l’Europe.
La première condition concerne l’amélioration de l’efficacité énergétique et une nouvelle politique des prix renvoyant au dossier de subventions
La deuxième condition est relative à l’investissement à l’amont pour de nouvelles découvertes d’hydrocarbures traditionnels, tant en Algérie que dans d’autres contrées du monde
La troisième condition, est liée au développement des énergies renouvelables (actuellement dérisoire moins de 1% de la consommation globale) devant combiner le thermique et le photovoltaïque le coût de production mondial a diminué de plus de 50% et il le sera plus à l’avenir où, avec plus de 3000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie a tout ce qu’il faut pour développer l’utilisation de l’énergie solaire
La quatrième condition, selon la déclaration de plusieurs ministres de l’Énergie entre 2013/2020, l’Algérie compte construire sa première centrale nucléaire en 2025 à des fins pacifiques, pour faire face à une demande d’électricité galopante
La cinquième condition, est le développement du pétrole/gaz de schiste, selon les études américaines, l’Algérie possédant le troisième réservoir mondial, d’environ 19 500 milliards de mètres cubes gazeux, mais qui nécessite, outre un consensus social interne, de lourds investissements, la maîtrise des nouvelles technologies qui protègent l’environnement et des partenariats avec des firmes de renom
La sixième condition, consiste en la redynamisation du projet GALSI, Gazoduc Algérie-Sardaigne-Italie, qui devait être mis en service en 2012 d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux dont le cout étit estimé en 2012 à 3 milliards de dollars, ayant doublé depuis.
La septième condition est l’accélération de la réalisation du gazoduc Nigeria-Europe via l’Algérie d’une capacité de plus de 33 milliards de mètres cubes gazeux, mais nécessitant, selon les études européennes de 2020 environ 20 milliards de dollars contre une estimation de 11 milliards de dollars en 2011, et nécessitant l’accord de l’Europe principal client. Cependant, l’avenir appartient comme source d’énergie à l’hydrogène comme énergie du futur 2030/2040

En conclusion, la future stratégie énergétique affecte les recompositions politiques à l’intérieur des États comme à l’échelle des espaces régionaux. Les choix techniques d’aujourd’hui engagent la société sur le long terme : seul le Conseil national de l’Énergie, présidé par le Président de la République, est habilité à tracer la politique énergétique future du pays.
Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur
des universités, expert international
(Suite et fin)