La saine critique de Rafik Hiahemzizou dans un essai éclairant

«L’islamophobie intellectuelle» 

C’est par la plume, le poids des mots qu’elle couche sur le papier, et à la lumière de l’histoire de l’Islam et de la pensée islamique dont il connaît parfaitement l’évolution dans le temps, que l’intellectuel algérien, Rafik Hiahemzizou, bat en brèche magistralement l’islamophobie intellectuelle et le cercle de clercs qui l’instrumentalise et l’exacerbe à dessein.
Un aréopage de philosophes, historiens, écrivains ou encore politiciens qui, derrière le paravent de la vérité scientifique, avancent masqués pour mieux discréditer ou diaboliser l’islam, voire dévaloriser son héritage civilisationnel.
Parmi eux, figurent notamment Sylvain Gouguenheim, Tom Holland, Rémi Brague et Richard Dawkins, mais aussi un redoutable semeur de troubles dont la nostalgie fiévreuse nous est tristement familière  : Eric Zemmour, le polémiste des salons feutrés du parisianisme mué en leader fielleux du parti d’extrême droite « Reconquête ! ».
Dans son dernier ouvrage dont le titre donne le ton de sa saine critique, historique et philosophique – « L’islamophobie intellectuelle : une critique » (paru aux éditions L’Harmattan) – Rafik Hiahemzizou, ce philosophe des sciences de renom, auteur de plusieurs livres ayant trait aux relations entre science et religion et à l’histoire de la pensée islamique, lance vaillamment la riposte, arguments à l’appui.
Après avoir identifié ceux qui, au fil de leurs écrits ou de leurs conférences, instillent savamment le doute sur la réalité historique de l’Islam et de son illustre personnage, le prophète Muhammad, poussant la malhonnêteté jusqu’à la nier totalement, l’auteur s’attelle à une lourde tâche avec une rigueur intellectuelle qui fait cruellement défaut aux sophistes dont il égratigne le vernis : déconstruire la mécanique bien huilée d’une idéologie aussi fallacieuse que funeste, tout en alertant sur le « caractère corrosif de l’islamophobie intellectuelle », l’ampleur inquiétante qu’elle a prise en l’espace de quelques années seulement, et son corollaire « les dangers de l’islamophobie politique ».
Une idéologie révisionniste qui ne dit pas son nom, et dont les principaux tenants ne seront jamais frappés d’opprobre en France…
« Les idées de Sylvain Gougenheim, Tom Holland et Rémi Brague sont diverses, mais elles tournent toutes autour de l’objectif de transformer l’histoire de l’Islam en mythes et de semer le doute sur sa réalité historique. Par exemple, Rémi Brague parle de mythe d’Andalus (l’Espagne islamique), alors que les historiens du Moyen Âge ont reconnu de longue date l’importance historique de la civilisation islamique en Espagne. S’agissant de Gougenheim, celui-ci tente de remettre en cause le rôle des Musulmans du Moyen Âge en matière de traduction des ouvrages grecs de référence, en affirmant que ce sont les Latins qui l’ont fait. Cette affirmation contraste avec ce que tous les orientalistes ont affirmé depuis le XIXème siècle », dénonce Rafik Hiahemzizou, en appuyant là où le bât blesse.
Reprochant à cet oiseau de mauvais augure qui, de surcroît, prétend avoir la science infuse, de « distiller ses concepts anachroniques et apologétiques sur une prétendue guerre de civilisations, ainsi que sur une prétendue inégalité dans l’Islam», l’auteur de « L’islamophobie intellectuelle : une critique » lui porte l’estocade en quelques lignes bien senties : « Bien au contraire, le brassage entre les populations conquises et les Arabes a été tel qu’une civilisation brillante a pris naissance, en puisant dans les sources antiques des civilisations perses, byzantine et indienne. Il y a quelque chose dans l’Islam qui est fondamentalement égalitaire. Dès la conversion des non musulmans, ces derniers acquièrent les mêmes droits que les musulmans et sont protégés contre toute discrimination, esclavage et autres types de persécutions ».Zemmour, le populiste fulminant de rage, affole le bon peuple de France avec sa théorie raciste du « grand remplacement » ? Il n’a qu’à bien se tenir, car Rafik Hiahemzizou lui assène un argument-massue : « la dette civilisationnelle et historique de l’Occident envers l’islam » !
Et d’enfoncer le clou en beauté : « Les musulmans ont contribué à la Renaissance en Europe dans les domaines scientifiques et philosophiques. La révolution scientifique de l’Europe au XVIème siècle n’a été possible que grâce à la première révolution scientifique de l’Islam durant le Moyen Âge. L’apport de l’Islam n’a pas été seulement de fournir des traductions réalisées à partir du grec, mais aussi et surtout de produire et transmettre au monde un véritable savoir philosophique et scientifique ».
Sans omettre de mentionner « la dette de liberté » que Zemmour occulte sans vergogne, en passant sous silence « le rôle décisif des soldats issus des colonies françaises, notamment du Maghreb, qui a permis aux Européens de gagner leur liberté ».
« L’acharnement de Zemmour à stigmatiser l’Islam et les musulmans en les qualifiant de menace civilisationnelle devrait laisser place à une admiration pour ce que l’Islam a apporté à l’Occident comme savoirs et techniques », exhorte encore l’auteur de manière vibrante.
Partir à l’assaut de la pernicieuse « islamophobie intellectuelle » pour mieux jeter une lumière crue sur ses contre-vérités, dont se repaît l’extrême droite, et sa capacité de nuisance qui en fait une véritable menace pour la civilisation occidentale, tel est le défi que relève avec brio Rafik Hiahemzizou dans son essai éclairant.

Source : Oumma .com