Le plasticien «l’homme jaune» dévoile sa dernière exposition, «Simulacre»

Arts plastiques

Dans sa nouvelle exposition intitulée «Simulacre», le plasticien Yasser Ameur, plus connu sous son nom d’artiste «l’homme jaune», propose pour la première fois un travail alliant la peinture et la réalité augmentée, pour continuer sur sa lancée de questionnements de la dépendance aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies.
Accueillie à la galerie d’art Seen Art Gallery à Alger, cette exposition s’inscrit dans la continuité des deux précédentes expositions de l’artiste «Journal jaune» (2019) et «Société du spectacle» présentée en Tunisie en 2020.
Interrogeant ce rapport addictif à l’image virtuelle, Yasser Ameur propose d’abord un excellent travail de peinture et un détournement de l’image, le tout appuyé par une expérience unique de réalité augmentée pour que l’image virtuelle prenne le dessus, comme dans la société et vie réelle.
Pour visiter pleinement cette exposition il faut deux niveaux d’observation, un premier classique pour apprécier les œuvres minutieuses, qui se rapproche d’une impression numérique, et les images détournées de l’artiste et son sens aiguisé de la dérision et de la satire. En second lieu, il faut se munir d’un smartphone pour redécouvrir ces oeuvres à travers son petit écran et les voir s’animer pour rendre leurs messages encore plus percutants et explorer une nouvelle manière d’apprécier l’art pictural. Yasser Ameur revisite avec une pointe conséquente d’humour, des images marquantes du quotidien en proposant une série où les smartphone, les ordinateurs et l’électricité remplacent même les appareils médicaux en terme de nécessité, en laissant le visiteur s’interroger sur l’utilisation de ces moyens technologiques, avec des prières transmises en wifi et des organes vitaux reliés à l’électricité ou à internet. L’amalgame entre la vie réelle et celle simulée sur internet est également très largement abordée dans une autre série de grands formats où les grands savants sont remplacés par un moteur de recherche, le facteur par des messageries virtuelles, où la limite entre humain et robot est confuse, et où le commerce est complètement dématérialisé.
Dans une série de petits formats, l’artiste a également décidé de restituer une riche palette d’émotions et d’expressions en recréant des émoticônes mais avec des têtes et visages différents, une manière de proposer une piste de réflexion sur ce nouveau mode déshumanisé et uniformisé de communication et d’expression des émotions. L’artiste se contente de poser un miroir aux visiteurs de son exposition pour revoir des habitudes devenues banales et insignifiantes, mais tellement instructives, comme scroll, le recours systématique aux moteurs de recherche, l’addiction aux photos et l’exposition de tous les détails et événements de la vie, comme les décès qui deviennent aussi grand public.
Dans l’univers de l’Homme jaune, Albert Einstein peut vous orienter par dépit vers un moteur de recherche, un facteur vous distribuer des « likes » et des messages, un robot peut se faire passer pour un humain, alors qu’un décès devient également source de popularité virtuelle. Ceci servi et présenté dans un parfaite maîtrise de la peinture avec une palette de couleurs chatoyantes, évidemment dominée par le jaune.
Né en 1989 à Blida Yasser Ameur a étudié les arts et le design à l’université de Mostaganem avant d’intégrer l’Ecole des Beaux-arts de la ville où il dit avoir «installé son atelier dans les cafés populaires, sa principale source d’inspiration».
En 2012 il travaille en tant qu’assistant des artistes Denis Martinez et Ali Silem avant de décrocher en 2013 le 3e «Prix Ali Maachi» en peinture et de participer à la 3e biennale méditerranéenne d’art contemporain d’Oran.
A partir de 2015 Yasser Ameur entame une carrière à l’étranger et expose dans différents salons et foires internationales d’arts contemporains en Europe notamment au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, en France ou encore en Espagne.
L’exposition «Simulacre», dernier volet de cette trilogie, est ouverte aux visiteurs, qui sont conviés à se munir de leurs Smartphones, à la galerie Seen Art Gallery jusqu’au 20 septembre prochain.
R.C