L’innovation permanente par la considération du savoir, fondement de la recomposition du nouveau pouvoir économique mondial

Développement

Le monde devrait connaître un profond bouleversement mondial marqué par l’innovation continue remettant en cause ces politiques dépassées, quand le bâtiment va tout va et l’exploitation des matières premières sont le moteur du développement. Il faut éviter une erreur fondamentale dans la politique éducative d’un pays, vision de court terme en privilégiant uniquement la recherche appliquée.

La recherche théorique est le fondement de l’innovation, l’application pratique au vu des expériences pouvant demander plusieurs années. Par ailleurs, figer un élève ou un étudiant uniquement sur la pratique peut conduire à terme à en faire un chômeur potentiel car en ce XXIème siècle c’est fini les emplois à vie, et avoir une solide base théorique permet de s’adapter grâce par une nouvelle formation pour les métiers de demain qui ne seront plus ceux d’aujourd’hui

1-Innovation et nouvelle reconfiguration de l’économie mondiale
Ce n’est plus le temps où la richesse d’une Nation s’identifie aux grandes firmes des Nations, les grandes firmes ayant été calquées sur l’organisation militaire et ayant été décrites dans les mêmes termes : chaîne de commandement, classification des emplois, portée du contrôle avec leurs chefs, procédures opératoires et standards pour guider tous les dossiers. Tous les emplois étaient définis à l’avance par des règles et des responsabilités pré-établies. Comme dans la hiérarchie militaire les organigrammes déterminent les hiérarchies internes et une grande importance était accordée à la permanence du contrôle, la discipline et l’obéissance.
Cette rigueur était indispensable afin de mettre en œuvre les plans avec exactitude pour bénéficier des économies d’échelle dans la production de masse et pour assurer un contrôle strict des prix sur le marché. Comme dans le fonctionnement de l’armée, la planification stratégique demandait une décision sur l’endroit où vous voulez aller, un suivi par un plan pour mobiliser les ressources et les troupes pour y arriver.
A l’ère mécanique totalement dépassée, la production était guidée par des objectifs préétablis et les ventes par des quotas déterminés à l’avance. Les innovations n’étaient pas introduites par petits progrès, mais par des sauts technologiques du fait de la rigidité de l’organisation. Au sommet de vastes bureaucraties occupaient le rectangle de l’organigramme, au milieu des cadres moyens et en bas les ouvriers.
L’enseignement, du primaire au supérieur en passant par le secondaire, n’était que le reflet de ce processus, les ordres étant transmis par la hiérarchie, les écoles et universités de grandes tailles pour favoriser également les économies d’échelle. -Actuellement une nouvelle organisation est en train de s’opérer montrant les limites de l’ancienne organisation avec l’émergence d’une dynamique nouvelle des secteurs afin de s’adapter à la nouvelle configuration mondiale. Nous assistons au passage successif de l’organisation dite tayloriste marquée par une intégration poussée, à l’organisation divisionnelle, puis matricielle qui sont des organisations intermédiaires et enfin à l’organisation récente en réseaux où la firme concentre son management stratégique sur trois segments : la recherche développement (cœur de la valeur ajoutée), le marketing et la communication et sous traite l’ensemble des autres composants. Et ce avec des organisations de plus en plus oligopolistiques, quelques firmes contrôlant la production, la finance et la commercialisation tissant des réseaux comme une toile d’araignée.
Les firmes ne sont plus nationales, même celles dites petites et moyennes entreprises reliées par des réseaux de sous traitants aux grandes. Les firmes prospères sont passées de la production de masse à la production personnalisée (Pr Reich ex secrétaire d’Etat US). Ainsi, les grandes firmes n’exportent plus seulement leurs produits mais leur méthode de marketing, leur savoir-faire sous formes d’usines, de points de vente et de publicité. Parallèlement à mesure de l’insertion dans la division internationale du travail, la manipulation de symboles dans les domaines juridiques et financiers s’accroît proportionnellement à cette production personnalisée. Indépendamment du classement officiel de l’emploi, la position compétitive réelle dans l’économie mondiale dépend de la fonction que l’on exerce.
Les emplois dans la production courante tendent à disparaître comme les agents de maîtrise et d’encadrement impliquant une mobilité des travailleurs, la généralisation de l’emploi temporaire, et donc une flexibilité permanente du marché du travail avec des recyclages de formation permanents étant appelés à l’avenir à changer plusieurs fois d’emplois dans notre vie. Ainsi, apparaissent en force d’autres emplois dont la percée des producteurs de symboles dont la valeur conceptuelle est plus élevée par rapport à la valeur ajoutée tirée des économies d’échelle classiques, remettant en cause les anciennes théories et politiques économiques héritées de l’époque de l’ère mécanique comme l’ancienne politique des industries industrialisantes calquée sur le modèle de l’ancien empire soviétique alors que le XXIe siècle est caractérisée par la dynamisme des grandes firmes mais surtout les PMI/PME consacrant un budget à la recherche développement, reliés en réseaux à ces grandes firmes. Les expériences allemandes et japonaises, chacune tenant compte de son anthropologie culturelle, est intéressante à étudier, se fondant sur un partenariat, grandes firmes/PME/PME. Avec la prédominance des services qui ont un caractère de plus en plus marchand contribuant à l’accroissement de la valeur ajoutée, la firme se transforme en réseau mondial, étant impossible de distinguer les individus concernés par leurs activités, qui deviennent un groupe diffus, répartis dans ce village mondial, dominé par des réseaux croisés consommateurs/producteurs, transformant le système d’organisation à tous les niveaux, politique, économique et social. Ce qui explique que certains pays du Tiers Monde qui tirent la locomotive de l’économie mondiale se spécialisent de plus en plus dans ces segments nouveaux, préfigurant horizon 2024/2030 de profonds bouleversements géostratégiques. C’est dans ce cadre que rentre le rapport publié le 27 septembre 2023 sur l’indice de l’innovation pour 132 pays qui, repose sur 80 indicateurs, traduisant les tendances en matière d’innovation. Ce rapport révèle que les perspectives sont de plus en plus incertaines pour le capital-risque, qui participe à transformer l’ingéniosité humaine en nouveaux produits et services – la valeur globale du financement par capital-risque ayant fortement chuté durant l’année 2022. Environ en 2023, 21 pays ont dépassé les attentes en matière d’innovation eu égard à leur niveau de développement, la majorité d’entre eux étant situés en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est, en Asie de l’Est et en Océanie.
L’Inde, la République de Moldova et le Vietnam détiennent le record des pays dont les résultats en matière d’innovation ont dépassé les attentes pour la treizième année consécutive.
L’Indonésie, le Pakistan et l’Ouzbékistan continuent d’afficher des résultats supérieurs aux attentes pour la deuxième année consécutive, le Brésil, pour la troisième année consécutive, par rapport à son PIB ou à sa population, la Namibie se classe au premier rang pour les dépenses d’éducation, le Mozambique pour la formation brute de capital, et le Cambodge et le Népal pour les prêts accordés par les institutions de microfinance. Relativement, Maurice est leader mondial pour les investisseurs en capital-risque, la République islamique d’Iran pour les marques et la Mongolie pour les marques, ainsi que les dessins et modèles industriels.

2- les liens dialectiques entre innovation et développement
Il existe donc des liens dialectiques entre les universités centre de recherche et le monde économique et la majorité des rapports internationaux montrent que les plus grands pôles scientifiques et technologiques au monde sont en majorité situés aux USA en Europe et en Asie, la Chine se profilant comme le pays qui en compte le plus grand nombre, tandis que Tokyo-Yokohama apparaît comme étant le plus grand pôle scientifique et technologique .Ainsi les principaux pôles de S&T par intensité de S&T, 2023 selon ce rapport sont par ordre décroissant ;
-1 Cambridge University- 2 Stanford University- 3 Oxford University- 4 Eindhoven University of Tech – 5 -MA US MIT -6 -Daejeon KR LG Chem KAIST -7- University of Michigan – 8- University of California – 9- University of Washington Seattle -10- University of Munich -11- Kanazawa University -12- University of Gothenburg -13 Technology Tsinghua University -14 University of Helsinki- 15 – ETH Zürich -16– University of Tokyo -17- University of Basel- 18 -University of Copenhagen -19– University of Erlangen Nuremberg -20 -University of Tübingen -21 University of Minnesota Twin Cities -22 – University of Pittsburgh- 23– Seoul National University (Source: WIPO Statistics Database, May 2023). Pour le classement des universités, la référence mondiale est QS, ShanghaiRanking et THE (Times Higher Education) qui pour réaliser le classement en 2024 se sont basés sur base quatre grands critères subdivisés en plusieurs sous-catégories :premièrement, excellence académique (29,5%) : réputation académique (15%), ratio étudiants-professeurs (4,5%), ratio étudiants en bachelors et en doctorats (2%), ratio doctorants-professeurs (5,5%), revenus de l’établissement (2,5%) ; deuxièmement, recherche (29%) : réputation en matière de recherche (18%), revenus liés à la recherche (5,5%), productivité en matière de recherche (5,5%), qualité des productions (30%) : impact des citations de papiers de recherche (15%), puissance de la recherche (5%), excellence de la recherche (5%), influence de la recherche (5%) ; troisièmement rapport à l’industrie (4%) : revenus provenant des entreprises (2%), brevets (2%) ; quatrièmement, opportunités internationales (7,5%) : étudiants internationaux (2,5%), professeurs internationaux (2,5%), cosignature de papiers de recherche avec des chercheurs étrangers (2,5%).Nous avons par ordre décroissant pour les 25 meilleurs universités au niveau mondial :1.- MIT, 2-Harvard, 3– Stanford, 4.-Cambridge, 5.–Oxford, 6 -Berkeley, 7.– Princeton, 8-Caltech, 9- University Chicago, 10-Yale, 11–Imperial Collège London, 12-ETH Munich, 13-University Pennsylvania, 14- Cornell University, 15-Columbia, 16- UCL, 17– Johns Hopkins University, 18-Tsinghua University, 19–Peking University, 20- UCLA, 21– University Torento, 22-Michigan-Ann-Arbor, 23-University Tokyo, 24-University of Melbourne et en 25ème position University of Edinburgh.

Abderrahmane Mebtoul
Pr des Universités
Expert international
(A suivre…)