Hommage aux militants d’origine européenne

Ils avaient pris pour noms Mustapha Muller et Amine Zirout

L’association Machaâl Echahid a organisé, mercredi à Alger, au Forum du quotidien El Moudjahid, une conférence en hommage aux militants d’origine européenne qui ont participé à la lutte armée pour libérer l’Algérie du colonialisme français.

A cette occasion, le président de l’Association internationale des amis de la Révolution algérienne, le moudjahid Nourredine Djoudi, a mis en lumière le rôle du Français Sylvain Ernest Bret, qui était dans les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), et de l’Autrichien Mustapha Muller militant d’origine autrichienne, qui a organisé la désertion de nombreux militaires étrangers enrôlés par l’armée française dans la Légion étrangère pendant la Guerre de libération nationale. Tous deux étaient aux côtés des Algériens en lutte contre la colonisation française.
Il a rappelé, dans ce cadre, que Sylvain Bret, connu sous le nom d’Amine Zirout, a rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), avant d’être arrêté et emprisonné en France. Après l’indépendance en 1962, il a été élu député de Mostaganem à l’Assemblée constituante avant de rejoindre le corps diplomatique. L’ancien ambassadeur Noureddine Djoudi a, en outre, rappelé la contribution de Mustapha Muller, qui a conduit à la désertion l’armée française de plus de 3.000 militaires de la Légion étrangère, sensibilisés à la souffrance des Algériens sous le joug colonial.
Il a réussi à rallier de nombreux partisans à la cause algérienne, notamment en Autriche et en Allemagne, a expliqué l’ancien diplomate.
Après l’indépendance, Muller a choisi de s’installer en Algérie où il a grandement contribué à la création des parcs nationaux du Djurdjura et du Tassili. De son côté, le sénateur Youcef Messar, représentant du président du Conseil de la nation, M. Salah Goudjil, a affirmé que l’Algérie n’oubliera pas les étrangers, de toutes origines, qui ont soutenu sa lutte contre la colonisation française.
Pour sa part, le membre de l’Assemblée populaire nationale (APN), Meziane Djouzi, a souligné l’importance de préserver la mémoire nationale et de mettre à profit les témoignages de ceux qui ont vécu la Guerre de libération nationale pour documenter les évènements et transmettre l’histoire de l’Algérie aux générations futures. Au terme de la conférence, une distinction symbolique a été remise à la fille du militant Mustapha Muller, Rachida. Les Algériens n’oublient pas également le rôle des Français venus, après l’indépendance et après le départ massif des Pieds-noirs, pour aider l’Algérie à se construire. Ils sont arrivés dès 1963, en dehors de ce que l’on appelait alors «la coopération». Ils ont été frappés par «l’accueil incroyablement hospitalier dans les transports, les magasins, chez les particuliers. Parfois même, à la fin d’un long trajet en taxi, le chauffeur refusait qu’on lui paie la course, après avoir appris pourquoi ils étaient venus en Algérie.
Une telle absence d’animosité, d’esprit de vengeance à l’encontre des Français, surtout des «métropolitains» m’a toujours surprise», a témoigné Juliette Minces («L’Algérie de la révolution (1963-1964)» Editions L’Harmattan 1988), qui était à l’hebdomadaire Révolution africaine avec Jacques Vergès, Siné et bien d’autres. En mars 1963, André Mandouze était nommé directeur de l’enseignement supérieur, chargé de diriger l’Université d’Alger et plus largement de poser les fondements de l’Université algérienne moderne.
Le professeur Jacques Peyrega donnait la leçon inaugurale de son cours d’économie politique à la Salle des Actes, près de l’Université d’Alger. Dans l’enseignement et ailleurs, ils étaient, par centaines aux noms prestigieux comme Gérard Destanne de Bernis, économiste, Pierre Cot, agrégé de droit, les géographes André Prenant, Yves Lacoste, Jean Dresch, l’historien André Nouschi, l’économiste Charles Bettelheim, le mathématicien Godement, et d’autres moins connus, spécialistes de différentes disciplines, universitaires, ingénieurs ou médecins, qui montraient une solidarité sans faille avec les Algériens, sur le terrain et par les actes. Le plus prestigieux d’entre eux fut sans doute René Dumont, signataire du Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie, dont le livre phare «L’Afrique noire est mal partie» (Ed seuil), sortit en mars 1963 alors qu’il était le conseiller de feu le Président Ahmed Ben-Bella. C’est lui qui suggéra l’idée de la grande action populaire de reboisement à l’Arbatache en avril 1963.
Lakhdar A.