2023, l’année du renouveau du secteur financier et bancaire

Un nouvel arsenal juridique adopté pour accompagner le changement

L’année 2023 était celle de la transformation profonde du système financier et bancaire de l’Algérie, plus adapté aux enjeux actuels. Des paroles à l’acte. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a inscrit le projet de restructuration, de modernisation, de numérisation et de libéralisation du secteur financier et bancaire dans la continuité des objectifs tracés pour son quinquennat 2019-2024. Des instructions ont été données au Gouvernement afin de donner un coup d’accélérateur à la réforme amorcée.

L’objectif est de réformer radicalement le financement du développement économique et social sur de nouvelles bases et une nouvelle approche plus pragmatique. La réforme financière et bancaire était ainsi guidée au niveau local par la modernisation des services de l’administration fiscale, douanière et du Domaine de l’Etat. En plus de moderniser et de renforcer l’arsenal juridique du secteur financier (amélioration et adoption de nouvelles législations), le Gouvernement a adopté, en 2023, le budget-
programme et de nouvelles règles de la comptabilité publique et de la gestion financière visant une meilleure maîtrise et contrôle des finances publiques.
L’Etat veille à travers cette réforme à ce que les financements publics soient orientés et utilisés là où ils sont le plus nécessaires et utiles, comme le financement des projets d’investissement productif et la lutte contre l’inflation.

Ouverture des capitaux
de la BDL et du CPA
La réforme financière menée en 2023 était nécessaire et dans l’intérêt de l’économie nationale qui, malgré un contexte international instable et difficile, a réussi à marquer des points et à maintenir sa solidité financière. Il y a du chemin à parcourir pour concrétiser toute la réforme, mais elle sera bénéfique à long terme. Même à ses débuts, cette réforme traduit des résultats tangibles sur le plan de la modernisation et de la libéralisation du secteur bancaire avec l’ouverture effective de deux banques algériennes à l’étranger (Algerian Union Bank (AUB) implantée en Mauritanie et l’Algerian Bank of Senegal) et l’ouverture des capitaux de deux banques publiques (le CPA et la BDL) au secteur privé.
Par ailleurs, et sur le plan macro-économique et macro-financier, le pays a obtenu des résultats remarquables en 2023. La Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) ont témoigné de la solidité financière de l’économie algérienne et prévoient des perspectives plutôt positives pour l’Algérie en 2024, après, notamment, les grandes performances économiques de 2023, également, marquée par la hausse de l’inflation qui reste problématique.
Contrairement à d’autres pays, l’année 2023 aura été celle de la poursuite des succès économiques pour l’Etat. La reprise économique n’a pas perdu de sa vigueur, la croissance économique (5,3%) et l’évolution du Produit Intérieur Brut (PIB) ont affiché une tendance haussière. Idem pour les réserves de changes estimées à plus de 85 milliards de dollars ainsi que pour la balance des paiements et commerciale qui sont excédentaires, ce qui renforce la stabilité financière du pays. Malgré la hausse des dépenses budgétaires en 2023 à plus de 14.000 milliards de dinars, selon les nouvelles prévisions la loi de Finances complémentaires (LFC) 2023, et une forte inflation importée (9%), l’économie s’est montrée résistante, même aux chocs extérieurs.

Nouvelle méthode de calcul
des comptes économiques
En pleine transition économique, l’Algérie a vu l’amélioration de tous ses indicateurs macro-économiques et macro-financiers et prévoit, dans le cadre de la loi de Finances 2024 de changer l’année de base ou de référence du calcul ou comptes économique, en l’occurrence du PIB (estimé à 233 milliards de dollars en 2022). C’est ce qu’a déclaré récemment le ministre des Finances, Laaziz Faid, assurant qu’à partir de 2024 « les indicateurs économiques seront actualisés sur la base de l’année de référence 2001 ». Une autre décision importante qui aurait marqué 2023.
Durant cette année, l’Algérie a abordé des changements d’ampleur et pris des décisions audacieuses pour soutenir la société et l’économie. La LFC 2023 adoptée en octobre dernier a revu à la hausse les recettes budgétaires de l’Etat estimées à près de 9.000 milliards de dinars et des dépenses à plus de 14.700 mds de DA en vue de prendre en charge les dépenses supplémentaires liées au soutien du pouvoir d’achat des citoyens et au renforcement de l’investissement dans les secteurs stratégiques et productifs. Cette dynamique a permis une augmentation significative des exportations hors-hydrocarbures de plus de 4%, ce qui montre que les entreprises algériennes évoluent et innovent pour faire face à la concurrence, profitant des mesures de facilitation et d’aides accordées

L’accès facile au foncier et au crédit bancaire
Plus de 10.000 milliards de dinars de crédits ont été accordés à l’économie par les banques et les établissements financiers, a fait état la Banque d’Algérie dans son rapport publié le 22 novembre dernier, énumérant toutes les mesures mises en place en faveur de l’amélioration de la liquidité bancaire, du soutien de la trésorerie des banques commerciales, mais aussi de l’accélération de l’internationalisation bancaire. La banque algérienne a déjà franchi ce cap. C’est un travail de longue haleine.
Le Président Tebboune et son Exécutif ont, en effet, remis en question, ces dernières années, le fonctionnement du système financier et bancaire, défaillants, et pour le remettre à jour, ils ont procédé à l’assainissement totale des finances publiques et à la numérisation progressive de l’économie. En plus de la réorganisation des administrations et institutions étatiques, mais aussi des entreprises nationales, l’Etat a mené une révolution réglementaire, structurelle et digitale nécessaires.
Il est convaincu que chaque changement doit mener à l’amélioration de la gestion des finances publiques (de nouvelles règles de comptabilité publique mises en œuvre) et à ne plus masquer les évolutions divergentes du secteur financier et économique, notamment au niveau du financement du développement économique local et de la comptabilité publique. Une nouvelle loi portant règles de la comptabilité publique et la gestion financière a été promulguée au mois de juin passé permettant d’«introduire un nouveau cadre comptable inspiré des normes comptables internationales en l’adaptant au contexte algérien».

Ouverture des bureaux de change
Le renforcement de l’arsenal juridique vise à encourager l’inclusion financière, la transparence et lutter contre l’informel financier, entre autres. L’absence d’un réseau organisé et régulé de bureaux de change et le retard de numérisation du secteur coûtent cher au Trésor public (déficitaire), raison pour laquelle, les pouvoirs publics ont décidé de mettre fin à cette anarchie préjudiciable. En 2023, la circulation fiduciaire hors circuit bancaire a dépassé les 12%, selon les données de la BA. Une autre raison qui a poussé l’Etat à assouplir certaines procédures afin de gagner la confiance du citoyen et renforcer la bancarisation des ménages.
La principale conclusion à tirer de tous les chiffres sus-cités, est que le secteur financier et bancaire algérien change en profondeur et il est sur le bon chemin.

Des banques et un Dinar numérique
au programme
L’année 2023 a été riche en évolution active du cadre réglementaire. Parmi les révolutions réglementaires marquantes figure, particulièrement, la nouvelle loi bancaire et monétaire, publiée en juin 2023 au Journal officiel et qui prévoit plusieurs nouveautés, dont le renforcement de la gouvernance de la Banque d’Algérie, l’élargissement des prérogatives conférées au Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), et également la création d’une commission nationale chargée de mettre sur pied un projet de stratégie nationale de développement des moyens de paiement. Plusieurs dispositions sont consacrées au « développement du financement islamique et de la finance verte, ou encore la possibilité d’émettre une monnaie numérique, qui sera développée, émise, gérée et contrôlée par la BA, et dénommée monnaie digitale de banque centrale (Dinar Algérien Digital) ». Le législateur vise à travers ces clauses à encourager une inclusion financière active. D’où, l’intérêt accordé, après des années d’attente et de controverse, à la création de bureaux de change. Une autre décision importante qui a marqué l’année 2023.
Le 21 septembre écoulé, le Conseil Monétaire et Bancaire a adopté le projet de règlement relatif aux conditions d’autorisation, de constitution, d’agrément et d’exercice des bureaux de change. Ceci permettra d’offrir un service de change sécurisé et de lutter contre l’informel financier.
Malgré les déficits et l’instabilité exogène, la situation financière du pays demeure solide, mais l’Etat devra faire face à l’incidence perturbatrice de l’inflation sur son budget et tenter d’atteindre un certain équilibre des finances publiques. A noter que plusieurs autres lois et ordonnances ont été adoptées au cours de 2023. Ce nouvel essor de la législation aspire au grand changement sur le long terme.
Samira Takharboucht