La grandeur et la pertinence du mois sacré

Ramadhan

Par le Professeur Mohamed Chtatou

Institué à Médine en l’an 624, le jeûne du Ramadhan est une commémoration de la première révélation faite au Prophète Mohammed (QSSSL) au neuvième mois de l’année lunaire.

C’est un moment de piété, de joie et de générosité, où l’individu est attentif aux plus démunis et renforce les liens avec la communauté religieuse. Le pratiquant observe la prière, une stricte abstinence diurne et le rite de la rupture du jeûne au coucher du soleil.

L’origine du Ramadan
Le Ramadan est l’un des mois du calendrier islamique. Il faisait également partie des anciens calendriers arabes. Le nom Ramadan vient de la racine arabe RMD et des mots «ramîda» ou «ar-ramad», qui signifie «chaleur brûlante». Sur ce point particulier, Sheikh Mubarak Ahmad écrit :i
Selon Ibn-Hisham, la tribu des Quraish de la Mecque avait l’habitude de se retirer sur le mont Hira pour la dévotion religieuse et la pénitence pendant le mois de Ramadan, en s’abstenant de sexe etc.., bien que ce mois ne soit pas considéré comme un mois sacré parmi les quatre mois sacrés préislamiques de Qi’dah, Hijjah, Muharram et Rajab. poursuit : «Le mot Ramadan est un nom islamique car avant l’Islam, il était connu sous le nom de Nataq (Fath-ul-Bayan). Le mot est dérivé de ramada. On dit «ramada al-salimu» c’est-à-dire que l’intérieur de l’homme qui jeûne est devenu très chaud avec la soif (Lane). Le mois est ainsi nommé parce que premièrement, le jeûne de ce mois produit une chaleur et une brûlure dues à la soif ; deuxièmement, l’adoration de ce mois brûle les traces du péché chez l’homme (Asakir et Mardawaih) et troisièmement, la chaleur nécessaire de l’amour pour le Créateur et Ses êtres créés est générée dans le cœur de ceux qui jeûnent.
Le Ramadan est considéré comme une bonne action brûlant les péchés. En l’an 610, l’ange Gabriel est apparu au prophète Mohammed et lui a révélé le Coran, le livre saint de l’Islam. Cette révélation, Laylat al-Qadr – ou la «Nuit du Destin» – aurait eu lieu pendant le Ramadan. Les musulmans jeûnent pendant ce mois pour commémorer la révélation du Saint Coran.
D’un point de vue religieux, l’importance du Ramadan n’est pas simplement due au fait que ses prescriptions sont détaillées dans le Livre saint. Il s’agit tout d’abord du quatrième pilier de l’Islam avec la profession de foi, la prière, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque pour ceux qui en ont les moyens. C’est au cours de la deuxième année de l’installation du Prophète à Médine que le jeûne est devenu obligatoire.
À cette époque, cette pratique n’était pas inconnue des habitants de la péninsule arabique, dont certains étaient juifs ou chrétiens.
Le Ramadan a également une signification à la fois religieuse et historique. C’est respectivement le mois de la prise de la Mecque par le Prophète en l’an 8 de l’Hégire (630), le mois de la naissance de Hussein, petit-fils de Mohammed, et le mois de la mort de Khadija, sa première épouse. Plus important encore, c’est pendant le mois de Ramadan que les musulmans ont enregistré leur première grande victoire militaire contre leurs ennemis mecquois, en l’an 2 de l’Hégire (624), lors de la Bataille de Badr ghazwat badr. Ce fait est important car c’est ce point de repère historique, parmi d’autres, que les groupes extrémistes musulmans mettent en avant lorsqu’ils tentent de justifier leur activisme accru et leurs actions violentes pendant le Ramadan.

Le Ramadhan est un voyage spirituel
Le Ramadan ne consiste pas seulement en une abstinence alimentaire – du lever au coucher du soleil – mais plutôt en un voyage spirituel où le musulman cherche à se rapprocher de l’excellence en purifiant son âme et en se débarrassant de ses mauvais penchants. Sur ce point particulier, Mike Buchman écrit-il «Le jeûne est une expérience spirituelle holistique qui pose un énorme point d’interrogation à ceux qui saisissent la sagesse derrière cette obligation : une personne qui jeûne devrait réfléchir à l’esprit d’entraide et de partage que le jeûne développe chez les musulmans. Tous les musulmans qui jeûnent partagent la même douleur, la faim, la soif et l’amertume de la privation en jeûnant avec les pauvres et les nécessiteux. Le Ramadan crée un contexte social et humanitaire qui favorise la compassion pour les nécessiteux du monde entier.
Par notre faim et notre soif volontaires, nous réalisons ce que signifie être privé des nécessités de base de la vie. Le Ramadan est une occasion de se souvenir et d’aider ceux qui ont moins de chance. En outre, tous les musulmans ressentent la joie de rompre leur jeûne et savourent la reconnaissance envers Dieu.
Les pauvres se réjouissent de voir leurs frères riches qui partagent avec eux leur douleur et leur souffrance. Ils se réjouissent à l’idée que leurs frères fortunés les aident à conjurer le fléau de la faim et des privations amères. Le jeûne rajeunit la notion de solidarité sociale au sein de la communauté» Ce mois est aussi celui de la générosité et du partage ; si l’Islam nous rappelle les bienfaits de la générosité envers son prochain en général, le mois de Ramadan est l’occasion de se dépasser. Le musulman pieux s’efforcera d’effectuer un maximum de prières facultatives, d’invocations, et de faire des dons sadaqah iii dans la mesure du possible. Durant ce mois, la relation avec Dieu est telle qu’il ressent très peu la faim, la soif ou la fatigue ; et son cœur est calme et en paix et débordant d’amour pour son prochain.
Le Ramadan est une véritable source spirituelle qui nourrit l’âme, renforce la foi et la piété. Ce mois décuple les récompenses divines de la pratique religieuse, rapproche les musulmans et ravive la foi. Un Ramadan sans prière ni lecture du Saint Coran n’a aucune valeur en soi : le jeûne est certes une condition, mais la pratique religieuse est indissociable du Ramadan. Le partage, la générosité et l’amour de son prochain sont les valeurs intrinsèques du musulman, et ce mois béni est l’occasion pour lui de les mettre en avant en invitant les nécessiteux à rompre le jeûne chez lui, ou de donner généreusement de son temps à des actions et entreprises caritatives.
Ainsi, les musulmans ont le devoir de prier, de réfléchir à la place de la foi dans leur vie et à la manière de développer leurs qualités humaines, telles que la patience, la douceur, la compassion et l’humilité. Enfin, ils pratiquent l’aumône zakât al-fitr, qui consiste à verser une taxe obligatoire à la mosquée ou à un individu dans le besoin, juste avant la fin du Ramadan. À la tombée de la nuit, les fidèles se réunissent en famille et entre amis pour prendre un repas de fête. Le premier jour du mois suivant, l’Aïd al-Fitr, la fête de la rupture du jeûne, est célébrée dans une grande liesse.
Le mois de Ramadan est une occasion unique dans l’année de se rapprocher de Dieu le Tout-Puissant. Les choses que l’on peut faire pendant ce mois, la dévotion que l’on a, sont incomparables avec le reste de l’année. Cela se voit dans le nombre de personnes qui fréquentent les mosquées pendant ce mois : la fréquentation double. Et là aussi, c’est une ambiance unique où les membres de la communauté se retrouvent plus souvent pour les cinq prières et prennent le temps de discuter après la prière du soir.
Le jeûne vise à rapprocher les fidèles de Dieu par le sacrifice et l’abnégation. C’est également un mois de gratitude au cours duquel les fidèles se souviennent des souffrances des moins fortunés. L’Islam demande également aux fidèles de s’éloigner des plaisirs matériels et de se concentrer sur leurs pensées et leurs actions. Le jeûne est considéré comme une purification physique et spirituelle. Les musulmans font souvent des dons aux nécessiteux et aux organisations caritatives pendant le Ramadan. Beaucoup passent plus de temps à la mosquée ou utilisent leur temps libre pour réciter le Saint Coran.
Le jeûne permet de développer l’endurance, la force de volonté, l’autodiscipline et l’introspection, qui sont des qualités indispensables à la soumission à Dieu. En même temps, le fidèle exerce son âme à craindre Dieu et à grandir en piété. Il s’agit de se priver pour favoriser la spiritualité et la réflexion. L’idée n’est pas de cesser de manger comme un rituel en soi, c’est aussi une forme de contrôle et d’ascétisme.
Rappelons que la piété est une dévotion, un attachement respectueux et fervent à Dieu et à la religion, en l’occurrence l’islam. Cela implique l’adhésion et le respect de tous les principes et préceptes prônés par l’islam, ainsi que ce qui relève des obligations et ce qui n’en relève pas. Il s’agit notamment des prières, des invocations, du jeûne, de la charité, de l’aumône, de la lecture du Saint Coran, de la retraite spirituelle, etc. Il est recommandé d’éviter tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu, notamment l’hypocrisie, la tricherie, le vol, le mensonge, la violence, l’adultère, le meurtre, la jalousie, la méchanceté, la corruption… bref, tous les vices et tout ce qui peut polluer notre esprit.
M. CH.
(A suivre…)