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Quotidien d'information indépendant - n° 6212 - Dimanche 22 Juillet 2018

La petite histoire d’un grand art

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Depuis la découverte du métal, ce précieux matériau, l’homme n’a cessé de façonner et de créer d’innombrables formes, de ciseler, inciser, incruster divers motifs ornementaux.

Lors des fouilles archéologiques sur les sites de l’époque antique algérienne, des objets en différents alliages ont été retrouvés, et sont actuellement conservés dans les musées nationaux. Certains écrivains (TH Shaw, V. De paradis), ont évoqué la prospérité de l’artisanat algérien au moyen-âge, et plus particulièrement de la dinanderie, qui formait alors une des productions des arts des métaux. Il convient de préciser que le terme dinandier est récent, et qu’il qualifie le travail du cuivre, du laiton, du maillechort, et du bronze. Avant l’emploi de ce mot, on parlait de ferronnier, de forgeron, ou encore de chaudronnier, pour désigner celui qui travaillait les métaux (en général). Entre le XVe et le XVIIIe siècles, l’Algérie a accueilli de nombreux artisans de différentes origines, Maures d’Espagne, juifs d’Italie (notamment de Livourne), et Ottomans. Ce métissage eut un impact bénéfique sur l’évolution des métiers, dont le résultat né de l’osmose entre tous ces peuples, s’est avéré remarquable. La dinanderie en est le reflet. Du XVIe au XIXe siècle, l’Algérie a connu une forte activité artisanale, générant des revenus appréciables dus au fait que nombre d’articles étaient destinés à satisfaire des besoins somptuaires. Le métier de dinandier a connu une expansion considérable. L’artisan transformait ses feuilles de cuivre en divers ouvrages aussi bien utilitaires, que décoratifs. Ainsi en est-il des théières, sucriers, sceaux, pot, encensoirs, couscoussier, lanternes… Les musées d’Algérie conservent les vestiges de cette richesse, témoignant d’un aspect important du patrimoine national. Techniques de réalisation et influences L’ornementation de ces pièces recourt à plusieurs techniques, parmi lesquelles le ciselage et l’incision à plat ou au repoussé, sont les plus répandues, avec le décor d’appliques. A Tlemcen, les objets présentent un décor d’influence hispano-mauresque, qui se caractérise par un enchevêtrement d’arabesques créant des rinceaux sans fin, agrémentés de motifs floraux et géométriques. La mosquée de Sidi Boumediene à Tlemcen (XIVe siècle) est ornée de lanternes, qui attestent de l’habilité dans la composition et la finesse dans l’exécution. A Constantine, et Alger, on perçoit davantage les apports de l’Orient. le cyprès appelé arbre de vie en raison de son verdoiement permanent, l’œillet fleur très appréciée des Turcs, ou encore la tulipe symbolisant le mystiques constituent des motifs récurrents sur les objets façonnés dans ces deux villes. Prospérité et pérennité de la dinanderie Le métier de dinandier a prospéré dans les grandes cités comme Bougie, Tlemcen, Constantine, Alger, Laghouat, Ghardaïa, et au début du XXe siècle encore, de grands maîtres dinandiers exerceraient en Algérie, donnant le meilleur d’eux-même pour l’enrichissement du patrimoine et surtout la transmission de leur savoir-faire. Maître Zolo, appartenant à une famille de dinandiers algérois depuis plusieurs générations, maître Bendaikha qui exerce dans la Casbah d’Alger, maître Benkhalafat à Tlemcen… ont transmis leur savoir soit à un enfant ou simplement à un apprenti qui perpétuent cet art. Cette énumération n’est pas exhaustive, des recherches permettront de faire surgir de l’anonymat ou de l’oubli d’autres éminents artisans. Ainsi, il apparaît clairement à travers l’art du cuivre que l’Algérie a été une terre d’asile, et de rencontre et parfois simplement de passage pour de nombreuses influences artistiques et culturelles. Cet art utilitaire et décoratif, peut servir de » testament aux générations futures, ces pages ciselées, exprimant la finesse d’une culture».

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