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Quotidien d'information indépendant - n° 5883 - Jeudi 22 Juin 2017

Contre-temps

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En décembre dernier, certains faits sont venus mettre un terme, du moins momentanément, au rêve du dépeçage de l’Irak. Car sur le plan politique, la bonne nouvelle en ce début d’année (2016) est que contrairement à ce que souhaitent nombre de puissances régionales, notamment la Turquie, et même une partie des leaders politiques américains, le dépeçage de l’Irak et sa division en trois entités chiite, sunnite et kurde s’éloigne quelque peu.

Plusieurs faits tendent à le prouver. En premier lieu, la provocation turque. Lorsque des troupes turques sont intervenues, le 3 décembre 2015, au nord du pays, près de Mossoul, à Bachika, sans la permission ou la connaissance du gouvernement irakien et sous prétexte de combattre Daesh, le gouvernement irakien a réagi vivement, appuyé par l’opinion publique.
Le Premier ministre irakien Haider Al Abadi a alors lancé un ultimatum sommant Ankara de retirer ses troupes sous deux jours sinon l’Irak aurait recours à toutes les options disponibles pour y parvenir. La force de l’air irakienne a été enjointe de se tenir prête pour défendre «la patrie et protéger sa souveraineté». En second lieu, symétriquement, conscientes du danger que représente le poids croissant de l’aide iranienne et des forces pro-iraniennes en Irak, une certaine coordination entre le Premier ministre Al Abadi, le grand chef religieux de Najaf Ali Sistani, et des partis politiques chiites comme le Courant sadriste et le Conseil islamique suprême, semble exister afin de réduire l’influence des courants chiites pro-iraniens, fidèles au guide de la révolution iranienne, Ali Khamenei.

En troisième lieu, c’est l’Armée irakienne qui a libéré la ville Ramadi, chef-lieu du gouvernorat d’Al Anbar tombée aux mains de Daesh le 17 mai. A l’offensive finale, ont pris part, aux côtés de l’armée irakienne, des combattants tribaux sunnites entraînés par les Américains pour libérer les quartiers de Tamim, Jamïa et Hamira au sud de la ville.
La bataille pour le centre-ville a été lancée le 22 décembre à partir du sud-ouest. Les forces irakiennes ont traversé la rivière Warar sur des ponts lancés par le génie. L’offensive a ainsi bénéficié d’un effet de surprise car Daesh avait orienté sa défense face au nord où étaient massées la majorité des troupes irakiennes. Pour la première fois, l’armée irakienne y a utilisé des hélicoptères Apache pour frapper l’ennemi.

Des images vidéo ont montré des habitants de la ville accueillant les soldats irakiens par des slogans disant : sunnites et chiites, tous ensembles. Le nettoyage de la partie Est de la ville se poursuivait début janvier car quelques centaines de combattants de Daesh, dont une majorité de kamikazes étrangers, s’y trouvaient retranchés avec une grande partie des habitants dont ils se servaient comme bouclier humain.
Enfin, et alors que sur le terrain, les forces kurdes ont remporté deux victoires importantes à Sinjar en Irak et dans la région Hol en Syrie, Massoud Barzani s’accroche à son poste, ce qui paralyse la vie politique du pays et gèle en quelque sorte les différends avec Baghdad.

Cette situation et le fait que les manifestations de rue n’ont dégagé aucun leader nouveau fournissent quelques délais supplémentaires au Premier ministre Haider Al Abadi pour réaliser les réformes attendues par les irakiens. Mais cette accalmie reste très fragile car avec la baisse du prix du pétrole et l’effort de guerre, le clivage social entre riches et pauvres ne cesse de s’agrandir. Si le projet réformiste du Premier ministre n’aboutit à rien, l’Irak peut être dans un avenir proche aux prises avec des évolutions violentes et dramatiques initiées, cette fois, par les chiites et non pas les sunnites.

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