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Quotidien d'information indépendant - n° 5961 - Mardi 26 Septembre 2017

«Le drame palestinien se résoudra un jour et à la satisfaction du peuple palestinien»

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« Révoltes» ou «révolutions» arabes, guerre de Libye, enjeux géopolitiques et géostratégiques et la lancinante question palestinienne ont été les sujets débattus avec Robert Bibeau. Un expert canadien en politique internationale ayant occupé plusieurs responsabilités : enseignant en histoire, géographie et économie, responsable, coordonnateur membre de la web-éducation en matière de programme informatique éducatif avec différents ministères, membre d’une douzaine de jurys nationaux et internationaux dans le secteur du multimédia, auteur et conférencier recherché, journaliste pour une dizaine de magazines Web.

La Nouvelle République : Un bref regard sur les cas égyptien et tunisien. En Tunisie et en Egypte, l’armée aux ordres des Etats-uniens a délogé les deux tyrans bien connus et pris le pouvoir directement, ce que certains continuent d’appeler la plus grande «révolution» de tous les temps. Révolution que vous appelez duperie, d’ailleurs. D’une part, pourquoi, et d’autre part, cela signifierait-il qu’elles ont été télécommandées par les Etats-Unis ? Si oui, à quels desseins ? Robert Bideau : Il faut toujours adopter un point de vue évolutif et dialectique lorsqu’on analyse un événement historique. Par exemple, le soulèvement égyptien, pas plus que le soulèvement tunisien, n’ont été le fait d’agents secrets qui auraient voulu renverser l’ordre établi au sein de ces deux dictatures. Des dictateurs se créent de nombreux ennemis, à commencer par leur propre peuple qu’ils pressurent et martyrisent, et de ce fait, les dictateurs s’entourent de moyens de répression important, ce qui les fait d’autant plus détestés de leurs commettants. Puis un jour, face à autant d’injustice que leur politique dictatoriale engendre, une étincelle jaillit et met le feu à toute la plaine. Le processus de soulèvement populaire est toujours aussi mystérieux et imprévisible. Il a eu lieu, ce processus, dans les deux cas qui nous préoccupent. Mais, dès que ce soulèvement a lieu, vous avez aussitôt des milliers, sinon des millions de gens qui embarquent dans le train de la Révolte qui n’est pas encore une Révolution. Rassembler des millions de révoltés pacifiques qui crient à tue-tête sur des centaines de places publiques de Tunis ou au Caire ne crée pas un mouvement révolutionnaire. Surtout si parmi ces insurgés, ce qui est inévitable, se sont dissimulés des milliers d’agents secrets et de mercenaires à la solde du pouvoir en place. On ne peut parler de soulèvement révolutionnaire que si les insurgés remettent en question le pouvoir d’État et tentent de s’emparer de tout le pouvoir d’État pour fonder un nouvel ordre social. Si les insurgés demandent que le dictateur soit limogé et qu’on leur offre qu’une junte militaire qui les oppriment prennent les rênes du pouvoir et dirigent la nation comme du temps de Moubarak, mais sans Moubarak, alors vous avez changé votre bonnet blanc pour un blanc bonnet, ce n’est pas une révolution. C’est au cours du mouvement populaire lui-même que Mme Hillary Clinton, secrétaire d’État des États-Unis, ayant bien pris soin de vérifier auprès de ses ambassades au Caire et à Tunis que la situation avait été reprise en main par les armées égyptienne et tunisienne, a soudainement proclamé que le «Printemps arabe» visait à obtenir des élections dites «démocratiques», entendez par là des élections organisées par les riches et les potentats locaux pour faire élire avec beaucoup de moyens financiers un représentant de la classe dominante. Bref, la révolte arabe se résumait, selon elle, à une lutte pour l’obtention d’un coupon de vote avec la mise en concurrence de centaines de partis marginaux, dont aucun n’a de chances de l’emporter, mais qui auront l’immense privilège de pouvoir s’afficher et s’exposer dans les rues pendant la mascarade électorale. Un ou deux de leurs leaders se retrouveront députés grassement payés. Seul, le candidat des riches avec ses moyens énormes et le soutien des médias bourgeois aura une chance de l’emporter dans ce type d’élections bien connu aux États-Unis, où il y a des élections quasi permanentes et une misère entièrement permanente. Jamais le jeune qui s’est immolé en Tunisie, jamais les manifestants enragés au Caire ou à Alexandrie n’avaient lancé ce slogan pour des élections, sauf quelques partis petits bourgeois dont c’est la spécialité, se vendre à la grande bourgeoisie nationale pour servir de courroie électorale de transmission entre le pouvoir pseudo-démocratique et le peuple floué encore une fois. Les révoltés réclamaient des emplois, une baisse des prix des denrées de base, de l’eau, des services sanitaires et éducatifs, des logements, la fin du couvre-feu , de l’état d’urgence et des lois spéciales de répression, l’abaissement des taxes et de la vie chère, un meilleur pouvoir d’achat. Qu’ont-ils obtenu après avoir démantelé leurs barricades place Tahrir ? Rien, absolument aucune de leurs revendications n’a été satisfaite, mais les médias bourgeois à la solde ont répandu la rumeurs que la «Révolution» était victorieuse et que l’Égypte après Moubarak et la Tunisie après Ben Ali ne seraient plus jamais pareilles, qu’ils deviendraient des pays de bonheur où couleraient pour toujours le lait et le miel avec le droit «démocratique» de choisir son dictateur. Rien n’avait été accompli pour le peuple tunisien et pour le peuple égyptien, rien des demandes et des exigences du peuple, des insoumis, des insurgés floués par les médias bourgeois, la presse internationale, Hillary Clinton et toute la coterie des petits bourgeois occidentaux qui, ces temps-ci, invitent toutes sortes de soi-disant représentants des révoltés venir chanter les louanges de la «révolution» arabe qui n’a rien donné. Les puissances impérialistes occidentales n’ont pas organisé les révoltes de Tunisie ou d’Égypte, mais elles les ont récupérées, et pour ce faire, elles ont laissé tomber leurs thuriféraires Ben Ali et Moubarak. Mais attention, la révolte arabe n’est pas terminée dans ces deux pays, et actuellement, le soulèvement se poursuit, les jeunes ont attaqués l’ambassade israélienne au Caire. En ce moment, les jeunes, les vrais révoltés pas les Twitters et les Internautes à papa, se font tuer et arrêter, bastonner et emprisonner en Égypte et en Tunisie pour défendre leurs vraies revendications et personne n’en parle à la télévision occidentale. pourquoi ? Passons à la Libye, si vous le permettez. Dans l’un de vos articles, vous disiez que Kadhafi était un «collaborateur compradore des puissances impérialistes venus piller les ressources et le peuple de Libye. Une mésentente survint entre lui et les maîtres du pillage, et entre les pilleurs eux-mêmes (l’Italie en déclin dans son ancienne colonie et la France avide d’étendre sa zone d’influence et de spoliation en Afrique du Nord)». Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette mésentente et pourquoi ? D’abord , disons que le soi-disant «soulèvement populaire» en Libye n’a rien d’un soulèvement populaire. Depuis quand un soulèvement spontané et populaire d’une population civile ordinaire aligne-t-il des canons anti-blindés et des armes anti-aériennes dès les premières secondes de combat ? Vous avez un canon mitrailleur vous dans votre garage ? En Libye, ce sont les tribus de Cyrénaïque que des forces étrangères ont motivées à se soulever, qu’elles ont armées, infiltrées et soutenues par des mercenaires professionnels payés par les services secrets français notamment, puis par des Jihadistes extradés d’Afghanistan et du Soudan qui ont lancé le mouvement insurrectionnel, auquel se sont joints des bandits de grand chemin, des bandes criminelles et probablement des gens ordinaires emportés par le mouvement. En Libye, c’est clairement une intervention étrangère dirigée par la France qui au début croyait qu’elle viendrait à bout du gouvernement Kadhafi très rapidement (trois jours, disait Sarkozy) avec l’aide des mercenaires, des bandits, des jihadistes et des transfuges de l’armée nationale libyenne. Depuis que la France a perdu le contrôle du «département d’outre-mer» algérien - rappelez-vous que c’est ainsi que les impérialistes français identifiaient la terre arabe et berbère d’Algérie - ce pays n’a plus de source «nationale» de pétrole. L’Italie, qui a toujours considéré la Libye comme sa néo-colonie, partageait le contrôle de la Libye avec la Grande-Bretagne, puissance de tutelle de l’Égypte et avec les États-Unis. Sarkozy, voyant le piètre état du gouvernement Berlusconi, empêtré dans ses scandales érotiques et une économie en faillite, a jugé le moment favorable pour ravir la tutelle de la Libye à son ami et concurrent. Il a demandé l’aide du Royaume-Uni afin de s’assurer que les mercenaires et autres renégats pourraient infiltrer la Libye en passant par l’Égypte notamment. Sarkozy a poussé l’ignominie jusqu'à exiger, via l’OTAN, que l’Italie, qu’il allait dépouiller de sa néo-colonie, contribue et participe à l’agression en offrant ses bases navales et aériennes à sa coalition de criminels de guerre à laquelle s’est joint le Canada dès le début des opérations. Sarkozy a rapidement compris que l’Algérie n’était pas favorable à cette agression militaire et qu’elle n’aiderait en rien au coup fourré, c’est pourquoi il l’a menacée et il s’est tourné vers l’Égypte collaboratrice et pas du tout révolutionnaire. On connaît la suite : la capture de la «faible» Libye ne s’est pas faite du tout selon les plans prévus. La résistance du peuple libyen a été bien supérieure à tout ce que les services secrets français avaient prédit, et Sarkozy a dû se résoudre à appeler l’OTAN et surtout le porte-avion Abraham Lincoln et les avions américains à la rescousse afin de sauver la mise. Le porte-avion qui était en mer d’Oman a dû être rapatrié en vitesse pour prêter main-forte aux conspirationnistes. La suite, c’est que Sarkozy et Cameron sont allés parader en toute hâte, comme des voleurs, dans Tripoli ravagée. La résistance n’est absolument pas vaincue ou éteinte et la France est enferrée dans une rasque (bourbier) dont elle n’est pas près de se dégager. Que Kadhafi ait été un méchant personnage ou un collaborateur récalcitrant des puissances impérialistes n’a rien à voir dans cette agression. Qu’on le veuille ou non, Kadhafi était le dirigeant légal de la Libye, et son remplacement ou sa succession était exclusivement l’affaire interne du peuple libyen. Les comploteurs étrangers manipulant l’ONU et lui faisant renier sa propre charte n’étaient aucunement justifiés d’organiser le bombardement et l’invasion de ce pays souverain. D’après-vous, quels sont les objectifs géopolitiques et géostratégiques de cette guerre néo-coloniale en Libye ? Voilà une question des plus intéressantes. Les agents petits-bourgeois infiltrés dans le mouvement de gauche, adorent les conspirations. Ils lisent les communiqués et les messages secrets des ambassades américaines à travers le monde et y trouvent confirmation à tous leurs fantasmes. Cela leur permet de jouer les grands analystes géostratégiques. Tous ces petits-bourgeois ne font pas confiance à leurs sens et à la lecture de la réalité pour analyser le monde. Leurs seules grilles d’analyse géopolitique mondiale, ce sont les communiqués émis par le Pentagone. Nous y reviendrons lors de votre prochaine question. Pour l’instant, revenons à la Libye. Les puissances impérialistes sont à la fois en collusion, en partenariat pour agresser et dépouiller les pays du monde, les néo-colonies d’Asie, d’Amérique latine, d’Afrique bien évidemment et même des ex-pays de l’Est, mais elles sont également en concurrence, ces puissances, afin d’accaparer le plus de richesses possibles pour le bénéfice de leur grande bourgeoisie nationale et transnationale. Pendant ce temps, l’autre loup, leur concurrent, rôde aux alentours, espérant faire main basse sur ces ressources et sur ces marchés quand les hyènes américaines et ouest- européennes se seront épuisées à tenter de se repartager les ressources de ces peuples qui résistent victorieusement. La Libye faisait partie du lot que Washington avait mis sur la sellette des pays à «contrôler», comme l’avait révélé le général US Wesley Clark en mars 2007. Quelle serait la place de la France et de la Grande-Bretagne dans ce nouvel échiquier; alors qu’a priori, Sarkozy tente de mener le bal ? Les États-Unis se laisseraient-ils prrendre de vitesse ? Par cette question, j’ai véritablement peur que vous ne fassiez faire une crise de plaisir à tous les amis géostratèges et analystes politiques de haut vol. Noam Chomsky et ses amis adorent ce type de question. Voyez-vous, Washington, le Pentagone s’évertuent à manigancer, à comploter, à élaborer des plans d’agression, des plans de reconfiguration du Grand Moyen-Orient. Et vous noterez que très régulièrement ces plans ultra-secrets sont largement diffusés dans la presse à scandale entre les confessions de Jacqueline Kennedy, la conspiration du 11 septembre, l’assassinat de JF Kennedy et la mort de Lady Di. Je n’ai que faire de ces plans secrets de contrôle de tel pays et de telle zone géostratégique. Je répète que les puissances impérialistes regroupées dans l’OTAN sont à la fois en collusion et en rivalité pour spolier les ressources naturelles, les ressources énergétiques, la plus- value et les marchés de par le monde. Les États-Unis, première puissance économique et militaire du monde depuis quelques dizaines d’années, sont aujourd’hui en très grande difficulté financière et ne sont déjà plus la première puissance économique du monde. Leurs alliés ouest-européens se débattent avec les crises grecque, espagnole, portugaise, irlandaise, italienne, et tous ces gens sont dépendants de l’achat de leurs bons du trésor national par leur concurrent et terrible ennemi chinois. C’est dans ce contexte économique (l’économie servant d’assise à la puissance militaire) que vous devez analyser les événements politiques et militaires dans le monde. Je n’ai aucunement besoin de lire les rapports secrets du Pentagone pour voir que les États-Unis d’Amérique ont été mis en échec partout dans le monde. En 2006, leur misérable trouffion sioniste s’est fait battre par le Hezbollah arabe dans le Sud Liban, l’Irak n’explose pas actuellement simplement parce que l’Iran maintient le couvercle sur la marmite et contrôle effectivement l’Irak, le Pakistan se réaligne en direction de la Chine suite à l’assassinat extra-judiciaire de Ben Laden dans une datcha pakistanaise, les américains ont perdu un de leurs alliés fidèles, la Turquie ne cherche même plus à joindre l’Union Européenne et ne décolère pas contre Israël depuis l’attaque du bateau pour libérer Ghaza, les dernières troupes américaines seront bientôt expulsées d’Afghanistan. Personne ne parvient à contrôler la Somalie ou le Yémen, la Syrie sortira grandie de cette agression étrangère sur son sol, en Égypte et en Tunisie, les vraies révoltes sont en marche, au point que le trouffion israélien songe à réoccuper le Sinaï pour éloigner sa frontière des menaces des révoltés égyptiens en colère. En Libye, rien n’est terminé et la France s’installe dans un bourbier qu’elle va regretter. L’Iran poursuit sa politique indépendante soutenue par la Chine et la Russie. L’Algérie et le Maroc se tiennent aussi loin qu’ils le peuvent de toutes ces agitations par peur des contagions qui ne manqueront pas de survenir. Monsieur, soyons sérieux, où il est le grand Moyen-Orient réaménagé par les plans secrets de George W. Bush et son digne successeur Barak Obama ? Auriez-vous un autre rapport secret à me faire commenter SVP ? En Libye, nous assistons aux crimes de guerre de l’Otan. Pourquoi les Nations unies, et tous ceux qui ont voté la résolution 1973, ne réagissent-ils pas au détournement de ladite résolution de son «but» initial? Sommes-nous en train d’assister à une légalisation du crime d’Etat ? Le problème n’est pas le «détournement» de la soi-disant Résolution inique. Vous avez totalement raison, la résolution de l’ONU était totalement illégale en vertu de la charte onusienne et illégitime en vertu de la situation sur le terrain libyen, un pays qui subissait une agression menée par des para-militaires étrangers et des royalistes nationaux totalement discrédités. Certains pays qui ont laissé passer cette résolution inique, je songe à la Chine et à la Russie, le regrettent, et c’est ce qui me fait penser qu’ils ne laisseront jamais passer semblable résolution frauduleuse à propos de la Syrie. Mais à plus long terme, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les organisations internationales comme l’ONU ne sont pas des organisations libres et indépendantes. Ce sont des organismes d’accréditation des activités de subversion internationales des puissances impérialistes qui les manipulent et leur font sanctionner tous leurs méfaits ; c’était ainsi dans le passé et il en sera de même dans le futur. La crise libyenne n’a pas été un tournant dans ces pratiques néo-coloniales à l’ONU, l’instrument des États-Unis. Certains pensent que l’un des objectifs de cette guerre serait «de s’assurer le contrôle de la région et protéger Tel-Aviv, notamment contre les pays hostiles à Israël dont les trois principaux sont l’Iran, la Syrie et la Libye. » D’après-vous, Israël aurait-il une implication dans ces «révoltes» ? Israël n’est qu’une des puissances impérialistes qui s’activent en terre arabe. L’ensemble de la politique impérialiste ouest-européenne et états-unienne n’est pas déterminée par et pour Israël, contrairement à ce que laissent entendre les courants conspirationnistes et les lobbyistes israéliens. Quand tout allait bien pour les puissances impérialistes occidentales, quand elles dominaient le monde en collaboration avec le social-impérialisme soviétique et maintenant qu’elles le dominent en concurrence avec la Chine, depuis l’effondrement du bloc révisionniste en 1991, l’État sioniste (Israël) avait un rôle particulier à jouer dans cette partie du monde. Israël était la base avancée de l’impérialisme occidental au Levant, la base militaire étatsunienne et l’éperon planté dans le flanc du monde arabe. Maintenant que tout va mal pour les puissances occidentales au point où elles se questionnent aux États-Unis si elles pourront payer leurs fonctionnaires à chaque mois d’août de chaque année, au point où elles se demandent à Bruxelles si elles n’expulseront pas certains pays de l’alliance européenne contre nature, quand tout va mal au point qu’un groupe paramilitaire comme le Hezbollah défait par deux fois la quatrième armée «la plus puissante du monde», au point où les États-Unis mettent fin à leur programme spatial et au projet de fabrication de l’avion de chasse F-35 faute d’argent, Israël perd de plus en plus de son importance stratégique et symbolique. Les américains et les occidentaux peuvent blanchir leur argent mafieux ailleurs qu’en Israël, vous savez. Quand Israël aura perdu toute importance géostratégique, il ne vous restera plus à vous peuples arabes à terminer le travail et à retourner tous ces immigrants ashkénazes là d’où ils viennent en Europe et en Amérique. Non, la guerre en Libye n’a rien à voir avec la faillite du projet sioniste en terre palestinienne. Non, Israël et ses quelques kilomètres carrés n’est pas l’épicentre de la politique universelle intergalactique. Retournez les «conspirationnistes et les lobbyistes» à leur téléréalité. Comment appréhendez-vous l’après-Kadhafi ? Ne va-t-on pas assister à un nouvel Irak avec notamment une division du pays et une guerre fratricide entre différentes tribus? La guerre fratricide entre différentes tribus libyennes – initiées et impulsées par quelques puissances occidentales dont la France a déjà eu lieu se poursuit en ce moment. Mais voyez-vous, quand les tribus dissidentes de Cyrénaïque réaliseront qu’elles ont servi de chair à canon et de justification pour saccager leur pays tout entier et que rien des richesses nationales ne leur est retourné, qu’elles ont troqué un exploiteur italien contre un exploiteur français et britannique, alors vous verrez le vent tourner définitivement. Je ne donnerai pas cher de la peau des mercenaires du CNT et des royalistes détestés (qui ont été renversés il y a des décennies) à ce moment-là. D’ici là, comptez les semaines avant que cela se produise. Et les quelques avions canadiens, français, britanniques et Qataouïs renégats ne seront plus d’aucune utilité. Vous êtes de ceux qui ont soutenu l’idée qu’il y aura un Etat palestinien souverain ? Comment voyez-vous la réalisation d’un tel objectif, nonobstant l’état actuel de la tragédie palestinienne ? Les individus et les gouvernements qui aiment la Palestine doivent s’opposer farouchement à la résolution de trahison nationale, pilotée par la bande de traîtres de l’Autorité palestinienne à l’ONU. Le peuple palestinien ne résiste pas et ne verse pas son sang depuis soixante-quatre ans (Résolution 181 illégale et illégitime de l’ONU en 1947) pour récupérer 20% de sa terre nationale sans Al Qods et sans retour des réfugiés, sans libération des 11 000 prisonniers politiques, sans démolition du mur de la honte israélien en Cisjordanie, etc. Cette résolution de trahison nationale ne vise qu’à officialiser avec le soi-disant accord palestinien l’arnaque perpétrée en 1947 à l’ONU. Un héros de la résistance arabe disait récemment à Beyrouth, au Liban : «Le peuple palestinien et les peuples arabes n’ont jamais mandaté quiconque pour renoncer à 80% de la terre palestinienne et arabe à Al Qods et au droit de retour de tous les réfugiés palestiniens de la diaspora.» Le drame palestinien se résoudra un jour, et à la satisfaction du peuple palestinien. Quand les puissances impérialistes décadentes seront en bouleversement interne complet avec des révolutions populaires sur les bras, la crise économique s’approfondissant sous les coups de boutoir de leurs concurrents de l’alliance de Shanghai (Russie, Iran, Syrie, États de l’ancienne Union soviétique, possiblement l’Inde) sous la gouverne de la nouvelle puissance impérialiste chinoise, la destinée d’une bande de paumés emmurée et encerclée au milieu de plus de quatre cents millions d’Arabes qui en auront assez de leur arrogance et de leurs crimes contre l’humanité, ces misérables réchappés national-socialistes-sionistes vomissant leur racisme sont à la veille de ravaler leur crachat grossier. Noam Chomsky, qui aime bien ces sionistes, les a récemment avertis : à vouloir tout prendre de la terre palestinienne (refus de la résolution Abbas à l’ONU), «vous sionistes risquez de tout perdre». Comme ces paroles sont prophétiques, monsieur Chomsky ! Quels moyens de lutte, d’après vous, pour atteindre un tel but, sachant qu’Israël est soutenu par les puissances occidentales alors que le soutien arabe à cette cause ne se limite qu’à des déclarations, comme on l’a vu dans la plupart des cas ? Je viens de l’expliquer, et Gilad Atzmon (2), jazzman réputé et anti-sioniste conséquent, l’a bien expliqué dans un texte récent. Le jour où les impérialistes ont cessé d’appuyer les impérialistes sud-africain s’en fut fait du pouvoir d’apartheid en Afrique du Sud. Dans ce cas, l’impérialisme occidental, alors triomphant, passa le témoin à une bande de collaborateurs fiables, noirs et blancs, sous la gouverne de l’icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela. Je ne suis pas assuré que cette fois les impérialistes prendront la peine de trouver une icône anti-apartheid palestinienne crédible et sereine. Je crois plutôt que les centaines de milliers d’Israéliens sionistes riches possédant le double passeport s’enfuiront et abandonneront la chair à canon israélienne, les ashkénazes pauvres et les sépharades pauvres sur le terrain. J’ai absolument confiance que le grand peuple palestinien victorieux traitera avec la plus grande clémence son bourreau d’hier et trouvera avec ceux qui restent un terrain d’entente juste et équitable, comme il en fut pendant des siècles sur cette terre de passage avant l’intrusion du sionisme meurtrier. Pour vous, la première injustice commise à l’encontre des Palestiniens fut le 29 novembre 1947, avec le vote de la résolution 181 pour le partage de la Palestine. Résolution que vous qualifiez d’illégitime. Pourquoi ? Quelle aurait été la procédure à tenir par la SDN face à la situation ? La société de nations (SDN) n’avait aucun droit d’intervenir en Palestine sous mandat britannique. Le territoire de la Palestine, découpage arbitraire conclu entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la première guerre mondiale, avait été fixé unilatéralement par les puissances impérialistes. Une fois ce découpage réalisé, il appartenait aux peuples résidant sur ces territoires de décider de leurs sorts respectifs à l’occasion de ce grand mouvement de décolonisation amorcé suite à la fin de la Seconde guerre mondiale. Jamais aucun référendum n’a été tenu dans ce territoire sous protectorat britannique, et vous savez pourquoi ? Parce que à l’évidence, la nation palestinienne en cours de constitution sur ce territoire de la Palestine du mandat aurait rejeté toute décision inique, injuste, illégitime et illégale de partage de sa terre ancestrale pour en céder une parcelle, si petite soit-elle, à une coterie religieuse venue d’Europe où les occidentaux de diverses origines leur avait fait un bien mauvais sort. L’ONU n’avait pas à réparer un tort contre une minorité religieuse persécutée en Europe en créant un préjudice encore plus grand contre un peuple qui n’avait rien, absolument rien à voir avec ces persécutions religieuses. La question juive est une question de persécution religieuse et en aucun cas une question nationale. Dieu – Yahweh n’est pas un agent immobilier et il n’a jamais garanti l’usufruit d’une terre ou d’une propriété à quelque peuple que ce soit. Les radotages de la Thorah n’ont pas à être considérés par la communauté internationale ou par l’ONU. Vous êtes l’un des rares analystes qui croient que cette demande d’adhésion risque de piéger les Palestiniens eux-mêmes, puisque dans ce cas, ils doivent «renoncer à 80% de la terre de la Palestine de 1947, renoncer à Al Qods (Jérusalem) et renoncer définitivement au droit de retour sur leur terre pour les millions de réfugiés de 1948, 1967 et 1973». Vu le rapport de force actuel, dans quelle mesure cela serait-il réalisable ? Le grand problème de notre temps agité, excité, rapide et frustré, c’est l’égocentrisme, l’égoïsme et le narcissisme. Mêmes les analystes politiques se comportent comme si un événement historique, un conflit entre un peuple autochtone et une communauté religieuse expatriée et exfiltrée devait se régler du temps de leur vivant. L’histoire de l’humanité n’est pas soumise aux contraintes de notre narcissisme petit-bourgeois. L’histoire arabe au Levant date de siècles et de siècles et le rapport de force actuel entre la quatrième armée du monde défaite dans tous ses conflits depuis l’an 2000 et le peuple palestinien emprisonné, massacré et spolié depuis 1947 n’est qu’un court instant dans l’historicité arabe. Voyez-vous monsieur, un jour, les forces mauresques ont occupé l’Espagne chrétienne et cette occupation a duré 800 ans avant que le dernier calife de Grenade l’éblouissante ne soit chassé de la terre espagnole qu’il occupait. Qui aurait dit sept cent ans auparavant qu’un jour Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille expulseraient le dernier sultan mauresque de la terre ibérique, puis que l’Inquisition chasserait ensuite tous les juifs pratiquants de la terre chrétienne d’Espagne ? La Palestine dans dix, quarante ou cent ans redeviendra terre des palestiniens car les palestiniens résistent et ne veulent pas disparaître, et tant que ce peuple ne voudra pas disparaître, il ne disparaîtra pas. Vous êtes de ceux qui soutiennent le boycott comme moyen de pression sur Israël. En France, des activistes de la campagne BDS ont été jugés pour actes antisémites, alors qu’actuellement, on amorce une nouvelle campagne, celle de l’islamophobie. N’assiste-t-on pas à la judaïsation de la société française ? La judaïsation de la société française est un mythe ridicule. Le peuple français est parmi les peuples les plus athées de la terre. Ils ne sont pas du tout en train de se convertir au judaïsme. d’où prenez-vous une telle information ? De plus, le peuple français dans sa grande majorité désapprouve les sévices que les israéliens sionistes font subir aux palestiniens. Mais le peuple français vit sous la dictature des riches qui lui imposent leur politique de soutien à leurs amis impérialistes israéliens avec lesquels ils font du commerce, du blanchiment d’argent, de la recherche sur les armes de destruction massive, armes que les israéliens testent ensuite grandeur nature sur le peuple palestinien (rappelez-vous les bombes au phosphore blanc et les armes à sous-munitions avec résidus d’uranium appauvri lors du massacre de Ghaza en 2008-2009) etc. Quand vous demandez, comme vous le faites, si je veux faire pression sur Israël, c’est qu’au départ, vous me coincez dans un dilemme que je refuse absolument. Votre question présuppose que l’État sioniste – la main sanglante de l’impérialisme au Proche-Orient – est incontournable, éternel, imbattable, qu’Israël est là pour rester et dominer et que donc la résistance palestinienne doit implorer les thuriféraires des impérialistes américains de céder un peu de terrain, un peu de droits, que la résistance doit «faire pression» sur la «grande puissance impérialiste» israélienne pour lui arracher quelques concessions. Tout cela est faux, une forme insidieuse de collaboration avec l’envahisseur israélien. C’est une façon de laisser croire à vos lecteurs, comme le fait Mahmoud Abbas, que la résistance veut 20% de la terre palestinienne. C’est faux, la vraie résistance arabe veut 100% de la terre palestinienne pour les palestiniens. La puissance impérialiste israélienne doit être totalement éradiquée du Proche-Orient, détruite dans ses fondements comme quelque chose de mauvais dont on ne peut récupérer ne serait-ce qu’une parcelle. Aucun compromis n’est possible avec cette puissance impérialiste ; tant qu’elle survivra, elle fera ce pourquoi elle a été créée, c’est-à-dire occupée, spoliée, tuée, dominée, exploitée. La contradiction fondamentale entre le peuple palestinien et le sionisme, qui est l’idéologie de l’impérialisme israélien, est de nature antagoniste. Ou bien la nation palestinienne opprimée disparaît ou l’impérialisme et l’État impérialiste israélien disparaissent. Les deux entités ne peuvent survivre sur le même sol national palestinien unique. Alors, non, je ne soutiens pas le boycott comme moyen de pression sur Israël, pas du tout. On ne peut faire «pression» sur un État pour qu’il se fasse harakiri et disparaisse. Je soutiens le boycott strictement comme moyen d’interpeller et de sensibiliser la population des pays occidentaux sur l’agression sioniste contre le peuple palestinien, sur la cause palestinienne, sur les souffrances et la résistance du peuple palestinien, etc. Le BDS est une vaste campagne de propagande pour la juste cause palestinienne. Voyez-vous, chaque fois que nous tenons une ligne de piquetage pour le Boycott – BDS, nous devons apporter de l’information, des tracts pour dire aux gens ce que nous faisons là. Chaque fois que l’on présente une résolution pour qu’une assemblée syndicale adopte une mesure de rétorsion ou de boycott ou de retrait des investissements, nous devons expliquer, justifier notre proposition et de la sorte, nous sensibilisons notre auditoire à cette injustice qu’est l’accaparement de la terre palestinienne par des religieux hystériques à la solde d’impérialistes véreux et mafieux, rien de plus. Le peuple palestinien ne sera jamais libéré par le boycott et par le BDS. À la fin, s’il est payant pour les grands et les petits capitalistes d’investir dans l’entité israélienne, l’intérêt capitaliste prévaudra si bien que vous aurez rapidement atteint la limite de l’efficacité de ce mouvement BDS. D’ailleurs, le peuple d’Afrique du Sud n’a pas été libéré par le boycott, c’est la petite bourgeoisie opportuniste et réformiste qui fait circuler ce mythe. L’impérialisme international comprenant sa branche canadienne avec Brian Mulroney, ex-Premier ministre réactionnaire, est arrivé à la conclusion un certain jour qu’il était préférable de démanteler la colonie de peuplement traditionnelle du Cap et de donner à la bourgeoisie noire locale le rôle de jouer, comme dans toutes les autres néo-colonies d’Afrique, au portefaix de l’impérialisme auprès du prolétariat national sur africain. La chose a été plus longue et plus pénible en Afrique du Sud qu’ailleurs en Afrique, à cause de l’importante minorité blanche raciste, voilà tout. La contradiction qui persiste au sein du camp impérialiste en ce moment à propos de la question palestinienne est celle entre une faction (l’Europe occidentale par exemple) qui pense qu’il est temps d’accorder un bantoustan au peuple palestinien et de laisser la bourgeoisie compradore palestinienne (l’Autorité palestinienne sans autorité et l’OLP) jouer son rôle fantoche d’entremetteur local pour la gestion et l’exploitation du prolétariat palestinien. L’autre faction plus intransigeante (sioniste israélien et USA) pense que ce temps n’est pas encore venu et que d’autres spoliations sont encore possibles, une faction sioniste complètement hystérique pense même que le génocide total du peuple palestinien est envisageable et réalisable, ce qui résoudrait définitivement la question palestinienne, ne pensez-vous pas ? Voyez-vous, la plupart des groupes occidentaux de «soutien au peuple palestinien» voudraient enfermer leurs adhérents dans ce dilemme : «Quelle faction impérialiste supportez-vous?» les «conciliants gentils» qui veulent en finir et redonner «rapidement» 20% de leurs terres aux palestiniens (ceux-là ne comprennent pas qu’Israël refuse ce deal plus qu’avantageux pour lui), ou la faction «radicale» des supporteurs du peuple palestinien qui envisage une négociation éventuelle pour rétrocéder quelque chose comme 10 ou 12% des terres palestiniennes à leurs ayant droits. Les deux groupes sont des suppôts de la théorie de faire «pression» sur Israël. Je ne fais partie ni de l’une ni de l’autre de ces factions de «soutien au peuple palestinien». J’ai écouté le peuple palestinien et les peuples arabes, et ce qu’ils veulent, c’est toute la terre spoliée, tout l’espace colonisé depuis 1947, avant la résolution de l’ONU. Alors, en bon militant d’une organisation de soutien, j’adhère aux revendications du peuple que je soutiens. Je ne me donne pas le droit de dicter au peuple palestinien ce que doit être sa lutte et ce qui lui revient de droit ou non, ou s’il devrait s’imposer des restrictions dans ses revendications. Ils ont droit à toute la terre et ils veulent toute la terre. Je veux toute la terre palestinienne pour les Palestiniens. Comme les choses sont simples quand on ne s’évertue pas à les rendre compliquées !(4)

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